Le régime politique iranien peut-t’il évoluer ? (2/3) : l’échec du reformisme



Si la constitution iranienne présente de nombreuses curiosités, elle ne permet pas de faire progresser un mouvement de démocratisation, même avec des réformateurs au pouvoir.

Reprenons là où nous nous étions arrêtés : la prise de pouvoir de l’ayatollah Khomeiny à l’issue de la Révolution islamique d 1979. Devenu maître de l’Iran, il procède à l’élimination de tout ceux qui s’oppose à lui, anciens fonctionnaires du shah comme anciens alliés de la Révolution. La constitution que Khomeiny et ses partisans font promulguer, dérrière des paravents démocratiques, empêche en effet l’apparition de toute nouvelle opposition.

La constitution iranienne : la suprématie théocratique

En Iran, le président, élu par les citoyens tous les 4 ans, dispose de peu de pouvoir par rapport au Guide suprême. Ce dernier est quant à lui est élu au suffrage indirect par l’assemblée des doctes (86 religieux), elle même élue par les citoyens tous les 8 ans. Cette fonction représente selon les principes du velayat-e faqih, la personne qui guide la communauté chiite durant la période d’occultation du Mahdi. Mais, c’est également, celui qui détient de la majorité des pouvoirs exécutifs. De même il dirige l’armée et la justice. Le Guide est en effet, le véritable maître de l’Iran. Enfin, le pouvoir législatif assurée par un parlement (majlis), composé de 290 membres, élu tous les 4 ans (Les minorité chrétiennes, juive et zoroastrase ont des sièges réservés) Le président est responsable devant le Guide et le parlement. Si le pouvoir politque iranien est divisés en trois pôles, ceux-ci ne sont pas d’importances similaires.

Si l’on s’en tient à ce niveau de la description uniquement, l’observateur étranger dans l’ Iran, un régime s’approchant de la démocratie. Il n’a pas tout à fait tort, mais ce serait passer à coté de l’essentiel. Si il existe des moyens d’expression de la souveraineté populaire par le vote, ce sont les institutions théocratiques qui ont sans conteste le dessus.

Le Guide suprême est élu à vie, quoique en théorie révocable, a en main tous les moyens pour assurer la pérénnité du système politique. Il désigne, en concert avec le parlement, le conseil des gardiens (12 membres). Ce dernier est chargé de vérifier la conformité des propositions de loi et les candidatures avec les principes islamiques. Autant dire, que toues lois ou tous candidats remettant trop en cause les fondements du système se voient interdit d’aller plus loin. Il faut également noter l’importance de la police, de l’armée et des organisations paramilitaires légales héritées de la Révolution, pour maintenir un lourd ordre moral et juridique. La République islamique n’a pas sur ce coté là, à envier le régime déchu du shah. Ceci explique l’impossibilité de réformes en Iran islamique. Désormais, regardons la situation d’une manière plus conjoncturelle.

Photo de l’actuel guide suprême Ali Khameini. Publiée sous licence Creative Commons par MalinaRyce.

Le pragmatisme comme conservatisme de l’après-Khomeiny

Durant la décennie 1980, le pouvoir de Khomeiny, le premier Guide du régime, profite du contexte de la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein. Pendant presque dix ans, les horreurs du conflits ont contraint les Iraniens à s’unir autour d’une figure messianique promettant un avenir radieux, au prix de sacrifices, de souffrances et de martyrs. Sans la guerre, le régime n’aurait peut-être pas survécu.

En 1989, quelques temps après avoir lancé une célèbre fatwa contre l’écrivain indo-britannique Salman Rushdie, l’ayatollah Komeiny décède. Son dauphin Ali Khameini lui succède. Une nouvelle constitution est adoptéeapportant peu de nouveauté sinon la supression du poste de Premier ministre.

L’après-Khomeiny est marqué par la figure d’Hachemi Rasfandjani, élu comme nouveau président. L’histoire retient pour le moment sa posture de « pragmatique » pour avoir réussit à sortir l’Iran du carcan hérité de la Révolution islamique et de la guerre. Le nouveau président s’est engagé durant ses deux mandats à une politique économique plus libérale et une certaine ouverture sur le monde. Comparant la situation française après l’échec de la Terreur, Olivier Roy, Fariba Adelkhah et Jean-François Bayart parlent d’un Thermidor en Iran (1). La réalité a certes repris sur les idéaux chimériques de la révolution, mais la structure du régime n’a pas été touché.

Dans les années 1990, on voit cependant l’apparition d’un courant dit « réformateur ». Ses leaders ne sont pas des opposants du régime. Nombreux sont ceux qui y ont construit leur carrière, à commencer par le plus important d’entre eux, Mohammad Khatami, ancien parlementaire et ministre de la culture. En Iran, c’est au sein même du système que peux émerger la critique de celle-ci. En dehors, elle n’a pas les moyens d’exister, mais au moins cette possibilité existe, contrairement à d’autres dictatures « laïcs » du monde musulman (Tunisie, Egypte, etc.).

Les réformateurs au pouvoir : espoir et désillusions

En 1997, les reformateurs gagnent les élections présidentielles. La victoire de M. Khatami a reposé sur une exceptionnelle participation des jeunes, des femmes et des minorités, c’est à dire les catégories de la populations les moins avantagés et representés par le régime islamique. Une nouvelle génération apparaît donc en Iran autour dun mouvement politique novateur qui fait de la « société civile » et « le dialogues des civilisations » (2) comme credo. Cette jeunesse qui n’a pas connu la Révolution attend des changements. Le monde également. Comme Barack Obama, le nouveau président a fait de l’espoir un programme politique. Cependant, quand il ne repose sur rien, ces idéaux concrètementne valent...plus grand chose.

Si establishment clérical a permis l’émergence d’un courant réformateur, elle n’a eu de cesse de bloquer toute ses propositions d’évolution . Souvenons nous que le président en Iran dispose de peu de pouvoir. Du peu qu’il détient, il doit le partager avec le Guide et la parelment. Ces derniers, bastions du conservatisme, ont bloqué, comme il a été décrit dans le début de l’article, toutes les lois qui modifieraient trop les bases du régime, à savoir suprématie du pouvoir théocratique et l’arsenal de lois islamiques. Comment diriger par « la société civile » quand elle est inexistante, sinon réduite au minimum ?

Que donc retenir de l’expérience réformiste ? Il est aveugle de répondre uniquement par la négative. La presse a disposé de plus de liberté, les citoyens ont également pu jouer avec les lois, notamment l’obligation du port du tchador obligatoire pour les femmes (les foulards qui laissent passer quelques mèches de cheveux datent de cette époque où la police s’est montrée plus tolérante. L’Iran a acqui plus de respectabilité dans le monde. Les livres consacrés à l’ran, publiés durant cette période, donnent une vision optimiste de l’avenir de l’Iran, car on estimait que le mouvement conservateur allait porter une évolution durable.

Photo Du président Khatami. Publiée sous licence Creatives Commons par World Economic Forum.

Ce qui a manqué au président Khatami, c’est peut être une posture moins idéologique. En effet, son programme a reposé sur beaucoup de valeurs et de principes. L’erreur a sûrement été de ne pas vouloir les discuter, pour les adapter en contexte iranien. Les conservateurs les plus modérés propose la mise en place d’un mariage temporaire (sigeh) pour les couples ne désirant pas se marier tout de suite (en Iran, il est interdit aux couples non mariés de s’afficher ensemble dans l’espace publique). Les réformateurs ne sont pas favorables à ce genre de mesure qui renie leurs principes. Dans un pays comme l’Iran, il est peut-être nécessaire de se résoudre à de tels compromis.

Souvent négligée, la question économique est essentielle en iran. Si le pays est riche en hydrocarbure, ses richesses sont mal reparties entre le citoyens. La présidence de Khatami n’a pas réussit à limiter l’augmentationdes inégalités. A tort ou à raison, le mouvement réformiste a été percus comme une poliique au profit de la minorité la plus favorisée.

On connait la suite. Le mandat présidentiel étant limité à deux mandats consécutifs, M. Khatami doit rendre laisser la main. Les réformateurs ne jouent que les seconds rôles dans des élections où s’affrontent au second tour H. Rasfandjani et le très conservateur maire de Téhéran Mahmoud Ahmadinejad. Surprise de ce scrutin, il remporte les élections, sonnant la fin de la parenthèse réformiste. Les espoirs déçus et l’échec flagrant de la politique économique ont raison de ce camp. Mahmoud Ahmadinejad a été interprété comme un retour en arrière, ce n’est pas faux, mais ce serait trop réducteur pour comprendre les débats actuels qui traversent l’Iran. Ce sera l’objet de la troième partie de l’article, prochainement sur le site.

(1) Titre d’un livre paru en 1993 chez Complexe.

(X) On pense à une réponse au célèbre et polémique ouvrage de l’universitaire étasunien Samuel Huntington, Le choc des civilisation (Odile Jacob).









Commentaires

8 Reponses a “Le régime politique iranien peut-t’il évoluer ? (2/3) : l’échec du reformisme”

  1. dar-dovom le décembre 10th, 2008 15:05

    Bonjour,

    Je suis Iranien et j’ai vécu cette révolution étant jeune : Un grand merci à l’auteur (Nicolas je pense) d’avoir su exposer en 2 articles, les 2/3 d’une histoire politique si complexe d’une manière aussi synthétique.
    Bien que l’étude soit d’ordre politique, Il serait bon également, je pense, d’introduire qq liens sociologiques, économiques et géopolitique, par exemple :
    – pourquoi la classe politique tiendrait compte de le société civile quand celle-ci ne paie pratiquement pas de tax ? en effet, qq soit la nature du pouvoir (Shah, clergé etc), celui-ci reste financé par un système de rente pétrolier; pas besoin de production à valeur ajoutée, ni des ménages qui constituent le système productif.
    Peut-on alors dire que le système politique se contracte ou se détend en fct du prix du baril : baisse des prix = Khatami; hausse des prix = Ahmadinejad ?
    – quels sont les impacts des politiques d’Israel et des EU dans le système politique Iranien ?
    Est-ce que l’encerclement Américain n’a pas été à l’origine du régime militaire actuellement en place (les pasdarans) ? Comment ne pas répondre à la menace par la force ?
    – comment court-circuiter un régime politique religieux quand la seule photo de Khomeiny sur les billets de banque a pu assurer en partie la confiance du petit peuple dans la monnaie, et éviter une explosion de l’inflation (qui a toujours été entre 20 et 30 points, jamais au-dessus) pendant les 20 premières années du régime ? D’ailleurs, essayer de trouver un seul village sans tékié – petite mosqué.
    – Enfin d’un point de vue de philosophie politique, ne sommes-nous pas ici en présence d’un mouvement nihiliste tel que la Russie a connu au 19ème siècle ?

    Voici qq éléments de réflexions; au plaisir d’échanger avec les lecteurs et surtout avec Nicolas…
    Amitiés

  2. Joël le janvier 14th, 2009 17:45

    Je congolais née au congo donc un démocrate

  3. Joël le janvier 14th, 2009 18:00

    Moi tshonde joel je congolais du congo kinshasa appretie barack obama pour tous ce qu’il fait pour l’afrique. merçie

  4. Ardavan le janvier 20th, 2009 17:23

    Chere tous,

    Je suis iranien (made in france), j’ai 27 ans, et ai vecu a Paris la majorite de ma vie.

    Je voulais vous preciser certaines choses:

    J’ai moi-meme realise dernierement, que malgre toute mon opposition au regime islamique iranien, qui a kidnappe mon pays d’origine, de mes racines, qui est un regime totalitaire..etc
    Alors malgre tous, ce regime a ete la meilleure protection,on va dire « la solution la moins pire », pour un pays, l’Iran qui a pendant tout le 20eme siecle (jusqu’en 1979), ete sous « management » occidental.
    D’abord les Anglais, ces « hommes blancs tres malins, mais tres polis », qui s’embetent trop en la perfide d’Albion.
    Puis les Americains, puis anglais, puis americain a nouveau.. ils ont joue avec nos dirigeants (monarques…etc), a les renverser… modeles reproduit en Amrerique du Sud par exemple par la suite… Si vous souhaitez avec plus d’infos fiables a ce sujet…Allez voir « John Perkins » sur youtube, c un ancien haut agent de terrain de la CIA, ayant effectuer de nombresues negociation avec les differents dirigeants de pays sous convoitise USA…

    Revenons a nos propos,
    L’Iran avec sa forte identite, et une population eduquee et a fort potentielle (sans arrogance, a voir par exemple la taux de reussite des iraniens aux US, a la NASA etc..), ceci combinee a sa localisation au Moyen-Orient, proche de pays Musulmans (potentiellement plus proche d’Iraniens musulmans, malgre le chisme/sunisme, que des Occidentaux/USA), et bien sur ses reserves en hydrocarbures/ gaz.. toutes ses raisons, en faisait avec la revolution islamique de 1979, une proie de choix pour les jeux geopolitiques..etc de l’Occident/USA/Britain..
    Ma conclusion et donc:
    Malheureusement, l’Iran n’aurait surement pas pu proteger sa souverainete sans ce regime totalitaire religieux (car c le cote dogme et religieux qui a surement ete la plus grande fondation protegeant ce pays et regime, de toute tentative de renversement par des plans sophistiques d’americains ou anglais…)

    Enfin, comme vous l’avez detaille ci’dessus, le regime est dirigee depuis la revolution, donc 30 ans par le pouvoir religieux, lesquels sont des « hommes politiques » en place depuis tellement d’annees, le guide supreme d’abord a vie, lequel designe le conseil des gardiens (12 hauts religieux, une sorte de board des « jedis » avec le guide supreme en « Yoda »), puis l’assemblee des doctes (186 memebres pour 8 ans)…
    Donc le systeme politique iranien, a bien une grande qualite, la stabilite, le long-terme, autant dans nos diverses democratie, les gvts se succedent avec des plans a moyen-terme, ou meme souvent court-terme, des actions qui deplus sont souvent interrompu par les gvts qui succedent….. donc peu de productivite d’un point de vue structurel, voir meme plus elargi..
    En ayant en tete, mon explication sur la vision long-terme de ces religieux aux pouvoirs en Iran, on ne peut pas vraiment leur reprocher grands chose sur le fond de leur actions.
    Depuis 1979, ils n’ont pas montre plusieurs visages dans leurs actions, on peut en effet meme degager une politique sans contradictions sur les 30 dernieres annees, avec une vrai vision long-terme…

    Je m’excuse aupres de tous pour la forme de mon post.. un peu decousu…

    Ardavan

  5. nina le janvier 22nd, 2009 14:23

    Pour 2009, voici mes voeux : je souhaite régler un petit problème du genre détail avec cette grosse tache de si peut président de la république, en lui envoyant un avocat. Et toi, cher blogueur ?
    voila. Sinon ça, c’est une tentative de gros scandale public, ça peut toujours servir à calmer du monde. Merci pour l’espace d’expression.

  6. guillaume le décembre 12th, 2010 15:04

    l’iran restera inchangé encore pendant des années.

  7. ibnomo le février 6th, 2011 16:27

    l’attente de l’imam est le noeud

  8. Jean Jean le janvier 7th, 2012 16:56

    François Asselineau, le candidat à la présidentielle 2012 que les médias cachent aux français ! consulter le site internet.

Vous avez quelque chose a dire?