Une “nouvelle génération” pour changer le monde ?



A l’heure où l’on parle tant de la “génération 68″ et de son héritage, il n’est pas inutile de s’interroger sur la possible émergence d’une “nouvelle génération” né à la suite de la fin de la Guerre froide.

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Photo publiée sous licence Creative Commons par Dey.

Il y a plusieurs années, alors que je n’étais encore au collège, un de mes professeurs reprocha à toute ma classe de ne pas savoir ce qu’est un « microsillon ». Je regrette toujours de ne lui pas avoir justement rétorquer que les disques 45 et 33 tours n’étaient pas de notre génération. Ira-t-on dans quelques années reprocher à un jeune de ne pas savoir ce qu’étaient les « VHS » ? Je suis en effet né à une époque où les disques vinyles étaient condamnés à une mort prochaine au profit du Compact Disc. L’exemple du microsillon en est un parmi tant d’autres.

Il faudra un jour expliquer ce que fut le « 11 septembre » pour ceux qui ne l’ont pas vécu en direct. Aujourd’hui, on ressent encore cette indescriptible impression quand il se remémore les attentats. Mais, il faut se rendre compte dès maintenant, qu’un jour le 11 Septembre sera une date historique comme les autres. Une date au milieu d’autres, noircissant les livres d’histoire. Le « 11 septembre » ne sera plus une partie de notre histoire, mais une part de l’Histoire. Les générations ne voient pas les événements de la même façon. C’est évidemment un truisme, mais qu’il est important à rappeler.

Qu’est ce que la “nouvelle génération”?

Si je me permets de prendre ma plume, c’est que j’estime qu’une « Nouvelle génération » est en train de surgir de ce monde en turbulence. Qu’est-ce au juste que cette « Nouvelle génération » ? Ce sont simplement ceux qui n’ont pas vécu les bouleversements des années 1980 et 1990. Ils n’ont pas par conséquent les mêmes repères que leurs aïeux, et même leurs grands frères de la génération précédente. Entendons-nous bien, il n’y a pas de dates pour fixer des limites définitives à cette « Nouvelle génération ». Le critère d’admission, si l’on peut dire, c’est d’avoir connu ou plus exactement vécu ce qu’il s’est passé au tournant des années 1990 (principalement explosion du bloc soviétique, réunification allemande, déclin des Parti communistes en Europe et ailleurs, émergence à gauche de la « Troisième voie », la naissance de l’hégémonie des USA sur la scène internationale, démantèlement de l’apartheid, transformation de la Chine, explosion des échanges financiers. Pourquoi j’ai choisi « vécu » plutôt que « connu ». Il ne suffit pas d’être présent sur terre et appartenir depuis peu à la communauté humaine pour revendiquer devant la postérité d’avoir « connu » ce qu’il s’est passé. Par exemple, je suis né en 1986. J’étais donc né quand le mur s’est effondré, mais j’en n’ai strictement aucun souvenir. J’ai aujourd’hui du mal à me rendre compte que j’étais né quand l’on détruisit le « Mur de la honte ». Quand je suis rentré à l’école en 1989, en Europe il existait encore des pays comme la RDA ou l’URSS. A cette époque, on emprisonnait encore les gens pour contestation du régime. La chute du Mur de Berlin, j’étais né, mais c’est à l’école justement que je l’ai apprit, bien plus tard, et en histoire.

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Photo publiée sous licence Creative Commons par hdptcar.

Mon plus vieux souvenir « politique » remonte à la Guerre du Golfe. Et encore une fois, si j’ai très vaguement su à ce moment que la France et les USA avaient fait la guerre à un certain Saddam Hussein, j’ai su bien plus tard ce qu’était réellement cette guerre. C’était déjà de l’histoire. La « Nouvelle génération » a très peu connu le monde d’avant Internet. Pour elle, l’Union européenne a toujours été trop nombreuses et constamment « en panne ». Je fais partie de la génération de l’Euro, mais pas celle des accords de Maastricht. L’Etat-Nation n’est plus le modèle qui fait rêver à travers le monde. La Chine du XXe siècle, ce n’est plus régime maoïste, modèle pour les uns, épouvantail pour les autres, ni la Chine en réforme de Deng Xiao Ping. C’est la Chine d’aujourd’hui, où les cadres du Parti Communiste rencontrent les managers. Je pourrai encore étaler de nombreux exemple. J’aimerai désormais plutôt m’orienter sur deux exemples : l’Afrique du Sud et l’URSS.

L’Afrique du Sud, du pardon à l’oubli

A l’évocation de l’Afrique du Sud, il m’est plus souvent arrivé de penser à la « nouvelle Afrique du sud », à la « Nation arc-en-ciel » selon l’expression de Desmond Tustu. L’apartheid n’a pourtant été aboli complètement qu’en 1994 avec les premières élections démocratiques multiraciales. Quand j’ai commencé à m’intéresser au combat contre l’apartheid, ce dernier n’était même plus le président du pays. La politique de Nelson Mandela et de ses alliés a été judicieuse : faire en sorte de ne jamais oublier l’apartheid et sans pour autant être prisonnier d’un passé douloureux à l’heure d’une nécessaire cohabitations entre anciens ennemis. Ce fut le rôle de la Commission « réconciliation et vérité » qui a fonctionné selon ce principe : le pardon, donc l’absence de poursuites juridiques étaient accordés à ceux qui venait confesser publiquement les crimes qu’ils avaient commis au nom de l’apartheid. L’attitude de la « nouvelle génération » face à l’Afrique du Sud repose sur ce même principe : il n’y a pas de table rase sur le passé, mais l’avenir est libre d’être conduit. J’ai quand même certaines réserves, car j’ai peur que les nouvelles génération du monde ne se souviennent ou ne se rendent pas assez compte de ce que fut le régime de l’apartheid : un système de ségrégation légale poussé à l’extrême mis en place par une population occidentale sure de sa supériorité en plein. Le concentré de ce que « l’Occident » a fait de pire. Un beau modèle de résistance également. Il suffit de constater la place accordé à l’apartheid dans les manuels scolaires français: très souvent anecdotique.

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Photo publiée sous licence Creative Commons par Shavar.

L’URSS et le marxisme-leninisme enfin dans l’histoire

J’ai aujourd’hui le regret de ne pas avoir vécu l’effondrement du communisme européen, de la chute du mur de Berlin en 1989 à l’implosion de l’URSS en 1991. Une idéologie, mais aussi un espoir s’envolait sous les yeux du monde. L’URSS fait désormais partie pour les plus jeunes de ces « pays historiques » que l’on retrouve dans les manuels d’histoire. La gauche, tout du moins l’idée socialiste, s’est constamment définit pendant le « court XXe siècle » (Hobsbawm) en fonction de l’URSS : à la fois un modèle ou ce que le socialisme fait de pire. La droite de même s’est définit par rapport à l’URSS, modèle décadent et « totalitaire ». Pour rejeter l’idée socialiste, il suffisait de dire « allez voir en URSS… ». L’effondrement a donné le champ libre aux penseurs anti-socialistes. Par exemple François Furet, dans Le passé d’une illusion (1995) affirmant de manière péremptoire que « nous somme condamner à vivre dans le monde auquel nous vivons ». L’idée socialiste n’avait plus d’autres choix que se fondre dans le marché. A la toute fin du XXe siècle, l’apparition de l’altermondialisme, constellation de mouvements politiques et cultuels aussi vaste que divisée, est peut-être la première réponse à ce vide ? La construction d’alternatives sociales et politiques, quelles soient réformistes ou révolutionnaire, ne peut plus ce faire par rapport à l’URSS et/ou à la Chine maoïste. Dans les années 1970, une très large faction de l’extrême gauche se démarquait du modèle soviétique et du Parti communiste français (PCF). Aujourd’hui, il existe les conditions pour discuter du socialisme sans références présentes La référence constante à l’URSS ne fonctionne plus. Il n’y a plus de contre modèle au modèle de la démocratie libérale et capitaliste. La « Nouvelle génération » peut abordé la question su socialisme et du changement social, relégué dans l’histoire, en toute distance.

Les acteurs de Mai 68, on le sait, sont les enfants de l’après-guerre. N’ayant jamais connus les restrictions, les bombes, le fascisme, il leur a paru nécessaire de refonder l’ordre politique et social sur de nouvelles bases. S’il l’on parle encore, 40 ans après avec tant de véhémence des “évènements de mai” , c’est que les années 1960 et 1970 on vu l’apparition d’une nouvelle génération”. Peut-être aujourd’hui que les choses soient encore possibles. Encore, faut-il en avoir conscience.



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Commentaires

6 Reponses a “Une “nouvelle génération” pour changer le monde ?”

  1. Serge Baillargeon le juin 9th, 2008 17:15

    Après les Babyboomers (45-60) et la génération X (60-80), je crois la venue de ce que l’on appelle la génération Y, c’est à dire ceux qui sont nés entre les années 80 et 1995 est un renversement dans la sphères générationnelle. Forcément, comme tu l’as si bien démontré, les repères changent.

    Avec l’avènement de l’internet, c’est tout une génération qui soit connait l’information, soit est capable de la trouver quand elle en a besoin. C’est une génération qui semble, plus ouverte sur le monde. Les voyages sont fréquents, les programmes comme erasmus cartonnent et la mondialisation est souvent pour les plus qualifiés source d’opportunités.

    Vous pouvez trouver la comparaison douteuse, mais je trouve que le site de Terre Politique nous représente bien. Une générations connectée et ouverte sur le monde qui s’intéresse autant à ce qui se passe à l’autre bout du monde qu’à côté de chez soi. Plus de tolérance et d’ouverture d’esprit, mais aussi peut être une perte de repères dans les façons de travailler, de vivre et de se socialiser.

  2. Nicolas le juin 12th, 2008 19:12

    Je n’ai mentionné Internet uniquement au détour d’une phrase, mais c’est effectivemment à mettre en lien avec l’appparition de la “nouvelle génération”

  3. Le rieur le juillet 21st, 2008 11:28

    Oui oui nous sommes la nouvelle génération ! La génération de l’informatisation, la génération de l’internet, celle qui a connu la naissance et “vécu” l’expansion de Al-Qaida, celle qui reçoit la responsabilité de régler tous les problèmes environnementaux… nous sommes la génération Dorothée !

  4. Zionwolf le novembre 2nd, 2008 16:35

    Cependant n’oublions pas que beaucoup de gens de notre génération, sans parler de ceux du tiers monde qui sont bien évidemment, hélàs marginalisés d’une information pluraliste et critique voire même d’une information quelconque, par exemple par l’abscence d’internet.
    Mais je veux parler de gens occidentaux, et notamment américains, mais pas seulement. En effet, même si cette génération a tendance a effectivement être montrée comme une génération bien plus politisée, informée, engagée, en quête de changement, de développement pour tous. N’oublions pas qu’au contraire pour beaucoup d’entre nous, pour les mêmes raisons du développement technologique, nous devenons la “génération du silence”. En effet, et je pense notamment là aux nombreux jeunes américains issus de familles militaires, vivants dans des villes moyennes, et qui sont totalement dépolitisés et abasourdis par les médias. C’est ça aussi notre “nouvelle génération”, c’est une génération qui, je pense tant à se diviser en deux, avec des jeunes toujours plus revendicateurs et en quête d’idéal car beaucoup plus politisés et informés, et à l’inverse des jeunes totalement désintérressés qui trouvent leur préoccupation ailleurs, qui jouent “le jeu du système” (télé,consommation,mode,etc) comme nous tous mais peut être de manière exacerbée sans se soucier de questions d’ordre plus morale, qui ne les touchent pas et qu’ils considèrent comme ne les concernant pas; ils préfèrent ainsi “laisser les autres s’occuper de ça”.

  5. Milton Finley le novembre 13th, 2008 3:22

    c8xmm2511p5gd1t7

  6. ron le décembre 22nd, 2008 11:15

    qui va a belem en 2009?

Vous avez quelque chose a dire?