Le Tibet vu de France: un petit air d’Intifada
13 avril 2008
Vu de France la révolte tibétaine et la répression chinoise reproduisent les débats qui se sont déroulés durant la seconde Intifada en Israël/Palestine. La résistance des uns est la barbarie des autres. Deux visions s’opposent sur le Tibet à l’heure de l’explosion de la communication mondiale. La confrontation arrive en France, dans nos journaux et nos télévisions. Un petit goût de déjà vu. Explications.
Selon les défenseurs des Tibétains, les révoltés ont raison de se défendre face à l’occupation chinoise et aux privations de leurs droits et de leur culture. Ils méritent tous le soutient des Français et des Européens même si les méthodes violentes employés sont regrettables. Celles-ci sont selon les défenseurs des Tibétains une réponse désespérée face à la situation. La répression chinoise n’a en fait qu’empirer la colère tibétaine. La révolte tibétaine est donc l’unique solution au main des Tibétains après les multiples refus de la Chine de considérer leurs positions les plus modérées qui soient. Voilà ce que l’on entend principalement en France.
Photo publié sous licence Creative Commons par art_es_anna.
La Chine réplique en France par l’intermédiaire de ses diplomates et journalistes. Revendiquant une place qu’ils estiment ne pas avoir dans les médias, acquis à la cause tibétaine, ils veulent présenter une autre vision des événements qu’il annoncent plus objective. Selon eux, la violente réaction policière est une réponse justifiée aux actes anti-chinois de la part des tibétains, qui, sont rappelés, les plus violent de tous les derniers affrontements. C’est une violence particulièrement illégitime et démesurée. Certains dirigeants chinois ont même annoncé craindre des attentats-suicides ! Leur cible st le dalaï lama, accusé d’avoir préparer la révolte, tout en se présentant aux yeux du monde comme un militant modéré et pacifiste. Les Tibétains révéleraient leur vrai visage. Les Tibétains sont également accusé de vouloir saboter les Jeux olympique, donc l’occasion de la Chine de rentrer dans l’ordre du monde et de changer.
Cette réponse chinoise n’est pas exempte de contradictions. Alors que la Chine verrouille tant pour les Chinois que pour les étrangers l’accès à l’information, ils ressortent des providentiels témoignage écrits ou vidéo des évènements montrant des Tibétains particulièrement violent envers les chinois. Il y a également des mensonges et un révisionnisme historique. Cependant, il est vrai que “le point de vue chinois” n’est pas bien considéré en France. L’argument d’un “Occident donneur de leçon et arrogant” se relève en effet parfois un peu faible. la quasi unanimité des Français à la cause du Tibet peut se révéler douteuse, mais ne doit pas toujours être considéré comme dénoué de sincérité et de véritables engagements pour les droits humains, au Tibet comme ailleurs dans le monde, y compris en France et en Europe. (Sur le boycott voir cet article de Terrepolitique).
Mettons en parallèle cette confrontation là, avec celle qui a eu lieu au début de la seconde Intifada. Les défenseurs des Tibétains et Palestiniens montrent que le combat est disproportionné car leurs victimes sont les plus nombreuses. De l’autre coté, on répond que la police ou l’armée s’attaque à ceux qui ont fait preuve de violence, quand ces derniers se sont attaqués à des civils désarmés. La polémique des vidéos sur les émeutes n’est pas différente de celle durant l’Intifada. Le cas le plus emblématique est la mort de Mohamed al-Durah.
Même parallélisme sur les processus de paix : les Tibétains et ceux qui les soutiennent en Europe accusent les Chinois d’avoir toujours refusé l’idée d’un accord avec eux débouchant sur l’autonomie. Les Tibétains ont le sentiment d’avoir bradé leur rêves les plus chers (dont l’indépendance) pour ne rien obtenir. De leur coté les Chinois montrent que les Tibétains ont constamment manier l’ambiguïté: derrière un visage modéré et présentables, les leaders tibétains en exil ne veulent pas d’accords négociés. Voilà ce qui rappelle les blocages des accords de paix juste avant l’Intifada entre Israéliens et palestiniens : pour les uns, Israël refuse de présenter des concessions acceptables pouvant amener à la naissance d’un état Palestinien, pour les autres les Palestinien se dévoilent en écartant les “généreuses propositions” d’Ehud Barak. Si les négociations de paix (les sommet de Camp David II et de Taba principalement) ont échoué, elles avaient la capacité d’aller plus loin. L’Intifada a éclaté par la suite. Malheureusement, les victoires du Likoud d’Ariel Sharon et de George W. Bush ont anéantis tout espoir d’évolution. Chez les Palestiniens, les tensions latentes entre ceux qui acceptent le dialogue avec Israël (le Fatah) et ceux qui la refusent ont éclaté au grand jour l’année dernière. Une ligne de fracture analogue se dessine entre Tibétains
Du coté chinois, on commence à réfléchir de nouveau sur le sort des minorités au sein de la République populaire. Les dirigeants chinois nous ont promis une année 2008 de changements. Les évènements au Tibet et la réaction internationale en sont peut-être des facteurs inattendus. Cette année sera peut être aussi une occasion pour l’Amérique et l’Europe de reconsidérer la Chine. Reste à espérer d’autres perspectives qu’en Israël/Palestine.
Commentaires
5 Reponses a “Le Tibet vu de France: un petit air d’Intifada”
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c’est une vision inter français, alors que la compréhension du problème nécessite une connaissance approfondie du “terrain”, où très peu de français ont, le parallèle avec le problème du territoire occupé palestinien ne tient pas une seconde : au tibet, les chinois sont chez eux, même Dalai Lama reconnaît le mérite du gourvernement chionis dans la construction des infrastructures au Tibet : si les touristes peuvent venir à Lhassa en avion ou en train, si les moines tibétains peuvent communiquer en portable, si les petits tibétains peuvent recevoir des éducations modernes, c’est tout de même grace aux chinois
VIVE LE TIBET CHINOIS !
Aux dernières -et justes, impartiales- nouvelles, le Tibet a été sauvé de la féodalité, de la régression, voire de la sauvagerie par la Chine en 1949.
Le Tibet, province de la Chine, fait partie de ce vaste pays depuis le XIVème siècle tout comme la Vendée faisait partie de la France à la Révolution en dépit de sa fidélité au roi ou comme la Corse est entrée dans le giron civilisateur de la France depuis plusieurs générations. Les aléas de l’Histoire ont fait entrer le Tibet dans le ventre de la Chine, c’est ainsi, on ne refait pas l’Histoire et faire son procès rétrospectif ne fait guère avancer les choses. Contester la légitimité de la Chine à administrer le Tibet revient à contester la légitimité de la France à administrer l’Alsace-Lorraine…
Cela revient surtout à reculer, à tergiverser à l’infini sur des événements politiques et historiques que nul ne maîtrise.
Sans la Chine le Tibet serait un pays de crèves-la-faim livré à l’anarchie, à une dictature pire que celle de Pékin ou dans le meilleur des cas à lui-même, avec tout ce que cela implique de conséquences en termes d’isolement culturel, économique, politique. La Chine exerce son influence bénéfique sur le Tibet comme l’empire romain exerça la sienne sur les Gaules.
Certes il est injuste que la Chine interdise la liberté d’expression et de culte aux tibétains et qu’elle les emprisonne.
La question du Tibet doit se porter exclusivement sur les exactions commises par le gouvernement chinois sur les tibétains et non sur son indépendance dont l’idée même est un non-sens, une aberration, une absurdité. Le DalaÏ-Lama lui-même ne souhaite pas l’indépendance du Tibet, seulement qu’on laisse les gens exercer librement leur culte. Le peuple tibétain est dans sa grande majorité reconnaissant envers la Chine de ne pas l’avoir abandonné en 1949.
Les agitateurs qui manifestent pour l’indépendance sont extra minoritaires au Tibet, ils sont surtout relayés par des imbéciles occidentaux manipulés par les médias prompts à réagir sans réfléchir, ou plutôt qui ont une propension détestable à réfléchir à la place des gens concernés : le peuple tibétain.
Tout ce tintamarre empêche de se faire une opinion juste des choses et surtout empêche d’entendre la majorité silencieuse du Tibet, c’est à dire les millions de gens satisfaits de leur sort, heureux que la province du Tibet soit rattachée à la Chine.
Il est certain que la Chine est une dictature odieuse qui exerce son pouvoir ubuesque sur un milliard et demi d’hommes. Les manifestations à l’occasion de l’ouverture des Jeux Olympiques contre le régime chinois ne sont pas une mauvaise chose, à condition de manifester contre les crimes commis par le régime chinois contre la population tibétaine et non pour demander l’indépendance du Tibet…
Ignares et marionnettes qui exigent l’indépendance du Tibet, tous manipulés, sont inefficaces. Leurs agitations sont non seulement stériles mais ridicules.
Alors que le Dalaï-Lama (ainsi que la grande majorité des tibétains) ne demande ni l’indépendance (il reconnaît les bienfaits du rattachement du Tibet à la Chine) ni ne souhaite le boycott de l’ouverture des Jeux Olympiques, des hystériques dans le monde entier continuent de brailler pour l’indépendance du Tibet !
Tous se ridiculisent à exiger l’indépendance de la province du Tibet… Ignares, imbéciles, fous furieux droit-de-l’hommistes et autres marionnettes ne doivent pas faire la loi dans la rue !
Les exigences des tibétains ne portent pas sur l’indépendance du Tibet mais sur le respect des droits de l’homme, ce qui n’est pas la même chose. Les manifestants visent complètement à côté de la vraie cible. Ils devraient se taire au lieu de répandre des hérésies.
Maintenant que moi je sais cela, je ne veux plus bêler avec le reste du troupeau.
Vive le Tibet chinois, vive la vraie réflexion et cessons de braire au rythme des baguettes médiatiques !
Raphaël Zacharie de Izarra
raphael.de-izarra@wanadoo.fr
Juste une question : pourquoi les gens ne peuvent-ils pas s’empêcher de faire des parallèles, des comparaisons? Tibet/Chine = Israël/Palestine; Tibet-Chine = Alsace-Lorraine (alors celle-là, elle est bonne!!!) , Tibet-Chine = Algérie-France…
Est-ce un moyen de comprendre plus facilement? On a déjà un situation X donc dans notre frénésie à vouloir tout catégoriser, on va voir à quelle situation passée ou actuelle correspond le Tibet…
Je ne dis pas qu’il n’y a pas des choses similaires mais les contextes sont différents quand même!
Je n’ai jamais dit que la situation au Tibet ressemblait point par point avec celle en Palestine.
Cet article vient d’une observation personelles : les “pro-tibétains” et “pro-chinois” usent et abusent des même arguments in extenso que ceux des “pro-Palestiniens” et “pro-israéliens”. Je n’ai peut etre pas assez marqué la dimension subjective (=de mon point de vue). J’ai préféré eviter de lister les différences, estimant l’inteligence du lecteur à le faire.
Au final, il reste une certaine comparaison avec le Proche-orient. Cette comparaison n’est pas là pour rapprocher mais faire réflechir en opposant les situations.
Non, mais ne t’inquiète pas, c’était plus une remarque générale que sur ton article en particulier.
Je pense que les lecteurs sont assez informés (enfin j’espère!) pour pouvoir faire la part des choses