Pleurer pour le Tibet et puis le laisser crever

10 avril 2008

Les JO approchent et maintenant nous le savons tous : les Chinois sont des méchants, qui ont envahi le Tibet et nient au peuple chinois toute liberté d’expression. Essayez de taper “Tibet libre” sur Google et vous verrez écrit “page not found”, paraît-il.

D’ailleurs des tas de personnes ont découvert :

- que le Tibet n’était pas (plus?) un Etat

- que ça se trouvait en Asie

- qu’il n’y avait pas que des montagnes

- que ce n’était pas qu’un titre de film (7 ans au Tibet) …

Alors les gentils peuples des pays démocratiques vont dans les rues pour dire “non aux JO”, “Vive les droits de l’homme”, “soutenons le Tibet”…

Oui mais après? Après tout le monde aura oublié ou alors mis dans un coin de sa tête ce pauuuuuuuuvre Tibet et ces abrutis de Chinois.

J’y pense et puis j’oublie“, cet effet de mode commence à m’être sérieusement insupportable!

Je ne dis pas qu’il ne faille rien faire. Mais je dis que se réveiller juste pour quelques semaines car c’est l’actualité n’est pas de la solidarité!

En 2007, cela s’est passé avec la Birmanie : “oh la junte birmane est une dictature houhou! c’est pas bien!”.

Fin 2004, pour d’autres raisons, c’était vers l’Asie du Sud-est que le monde avait les yeux tournés pour pleurer face ce tsunami et envoyer des millions pour aider les populations…

Et aujourd’hui? “Beh c’est où déjà la Thaïlande? Ah oui, c’est là où je vais partir en vacances! Oh oui, on a trouvé un ma-gni-fi-que petit hôtel vue sur la plage!”….

Mais on semble avoir oublié que des gens là-bas n’ont toujours pas retrouvé de logement ou leurs moyens de production (bateaux pour les pêcheurs…).

Et à part le Tibet et la Chine, nous avons en ce moment Ingrid Bétancourt, c’est assez tendance.

Elle est en train de mourir! Oh mais c’est affreux, marchons pour elle, chantons pour elle, manifestons pour elle!!

Et les années avant? “Oui mais elle n’étais pas malade…”.

Et les autres otages? “Ah oui mais ils ne sont pas Français eux… et puis on ne les connais pas…. Ingrid (car on l’appelle par son prénom, c’est notre copine!) c’est une femme, elle a des enfants…”. Les autres ce sont des cons, pas des êtres humains?

Et la guerre en Irak…. des millions de manifestants pour s’y opposer en 2003 et 5 ans après? Plus personne? Mais la guerre n’est pas vraiment finie…

Ce que je veux souligner ici, c’est que je trouve vraiment dommage de se manifester pour une cause humanitaire, sociale, politique ou autre, juste pour quelques temps et après oublier.

C’est sur que cela ferait trop de causes à soutenir, à défendre, ou alors il faut choisir ou ne rien faire.

Mais les petits Occidentaux privilégiés qui se réconfortent à “défendant” de justes causes à coups de dollars, de boycott ou de manifestations me font doucement sourire.

Et toi, tu fais quoi”, me direz-vous?

Je ne manifeste pas TOUTE l’année pour TOUTES les choses inhumaines, injustes, non respectueuses des droits de l’homme; je ne boycotte pas TOUS ET TOUT LE TEMPS les produits étatsuniens, chinois, colombiens, lybiens, russes…; mais je n’oublie pas. Je m’informe de l’évolution, j’explique à mes élèves comment bien comprendre le monde qui les entoure, à forger leur esprit critique, en soutenant par divers moyens les peuples opprimés; en votant pour ceux qui proposent le partage, la solidarité plutôt que le profit…

Je sais que parmi les manifestants anti-Chinois ou pro-Tibétains ou pour d’autres causes, il y a des personnes qui ont au coeur cette cause depuis longtemps et qui oeuvrent efficacement pour cette cause mais je demande plus d’honnêteté, moins d’hypocrisie aux “fashion victimes de l’actualité” qui se réveillent et ont tout d’un coup un matin des opinions en se levant parce que cela fait bien et donne bonne conscience.

Commentaires

8 Reponses a “Pleurer pour le Tibet et puis le laisser crever”

  1. kathy le avril 10th, 2008 20:38

    Effectivement , ça fait pas mal de temps que la Birmanie est retombée dans l’ombre et il n’y a presque plus personne qui en parle….surtout en France
    Pour le Tibet ce sera plus long car d’une part la communauté tibétaine en France est très importante et d’autre part le “Bouddhisme tibétain” est plus à la mode que le Bouddhisme théravada…

  2. XIAN le avril 10th, 2008 21:18

    entierement d accord avec vous.
    la france,c est une “grande gueule”,et avec le temps,elle oublie,,et se réveille de temps en temps.
    je suis sud vietnamien,,les français ont manifesté en 70,pour le nord vietnam,,mais elle oublie que le SUD vietnam ne veut pas vivre sous un régime communiste,et grâce à cette france et les autres pays occidentaux,,les américains nous ont lâché,et nous sommes aujourd hui dans un pays communiste.
    LE MAL est fait,pour moi,la france est une “branleuse”,avez vous vécu dans un régime communiste?non,,alors pourquoi manifester pour ce que vous ne savez pas.quand on vient vous envahir,et enplus vous voyez des pays occidentaux qui se roient etre les meilleurs en terme de liberté,soutenir cette invasion.il y a de quoi se révolter ET “hair” ces pays occidentaux.
    alors,reflechissez 7 fois avant de faire du mal aux autres peuples.
    pour le tibet,il fallait faire avant,,lors de l invasion de l armée chinoise,,now,êlle est bien établie au TIBET,et dans 5 mois,le tibet tombera dans l oubli.,,comme nos frères sudvietnamiens ,morts pour la liberté républicaine.

    allez,il y a trop à dire,,,faites moins d ‘erreurs,et le monde vivra mieux,,sans votre “aide”!

  3. Serge Baillargeon le avril 10th, 2008 22:45

    Merci Aurélie.
    Je dois avouer que je ne suis pas fan des “cris de rage”, mais là tu as tombé juste dans mon coeur et pas que le mien au vu des commentaires sur le sujet.

    La France est un pays de grands bavards. On parle au café, on s’indigne au travail, et on râle à l’apéro, mais sous les discussions à caractères solidaires et internationalistes se cachent bien souvent une logique individualiste de bonne conscience implaquable.

    Effectivement, parler du tibet aujourd’hui est assez déplacé, il aurait fallu le faire il y a 50 ans, mais c’est vrai que la France à cette époque n’était pas un modèle en terme de colonialisme.

    Alors, allons dans les rues, essayons de faire nos petits gestes peut-être inutiles, mais au moins on dormira un peu mieux le soir.

  4. jerome le avril 12th, 2008 14:08

    Juste un petit rappel : A propos du Tibet.
    Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions, que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le droit de vie, de mort et de tortures sur eux. On n’évoque pas le satut des femmes sous ce régime là. Mais il est possible de se renseigner si l’on a le coeur bien accroché. L’autorité communiste a mis fin aux luttes violentes entre chefs locaux du prétendue paradis de la non violence ainsi qu’aux divers châtiments sanglants que les moines infligeaient à ceux qui contrevenaient aux règles religieuses dont ils étaient les gardiens. La version tibétaine de la Charria a pris fin avec les communistes. La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. Voila ce qu’il en est des traditions charmantes du régime du Dalaï Lama avant les communistes et de l’horrible « invasion » qui y a mis fin. Depuis, la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. En foi de quoi l’anéantissement des tibétain se manifeste par le doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer celle-ci de un million à deux millions et demi. Pour tout cela, la situation mérite mieux, davantage de circonspection, plus de respect pour les chinois que les clichés ridicules que colportent des gens qui ne voudraient ni pour eux, ni pour leur compagne ni pour leurs enfants d’un régime aussi lamentable que celui du roi des moines bouddhistes du Tibet. A l’heure actuelle je n’éprouve aucune sympathie pour « le gouvernement en exil du Tibet » dont sa sainteté est le décideur ultime sur pratiquement toutes les questions, où siège un nombre de membres de sa famille qu’il est tout à fait inhabituel de trouver dans un gouvernement, même en exil, sans parler de leur présence aux postes clefs de la finance et des affaires de cet exil. Je respecte le droit de sa sainteté de croire ce qu’elle veut et à ses partisans de même. Mais je m’accorde le droit d’être en désaccord total avec l’idée de leur régime théocratique. Je suis également hostile à l’embrigadement d’enfants dans les monastères. Je suis opposé à l’existence du servage. Je suis laïque partout et pour tous et donc totalement opposé à l’autorité politique des religieux, même de ceux que l’album “Tintin au Tibet” a rendu attendrissants et qui ne l’ont pourtant jamais été. Je désapprouve aussi les prises de position du “roi des moines” contre l’avortement et les homosexuels. Même non violentes et entourées de sourires assez séducteurs, ses déclarations sur ces deux sujets sont à mes yeux aussi archaïques que son projet politique théocratique. Je n’ai jamais soutenu l’Ayatollah Khomeiny, même quand j’étais contre le Shah d’Iran. Je ne soutiens pas davantage ni n’encourage le Dalaï Lama, ni dans sa religion qui ne me concerne pas, ni dans ses prétentions politiques que je désapprouve ni dans ses tentatives cecessionistes que je condamne. Je demande: pourquoi pour exercer sa religion et la diriger le Dalaï Lama aurait-il besoin d’un Etat ? Un Etat qui pour être constitué demanderait d’amputer la Chine du quart de sa surface! Son magistère moral et religieux actuel souffre-t-il de n’être assis sur aucune royauté ?

  5. David le avril 12th, 2008 16:01

    Pour répondre à l’article je dirais que dans la vie il y a des moment opportun dont les intéressés ne doivent pas manquer.

    Certes oui, chacun sa croix, mais s’il y moyen, alors faut le faire et je pense que pour le peuple chinois et tibétain, c’est peut-être leur moment, peut-être…

  6. Aurélie Navarro le avril 13th, 2008 9:34

    Jérôme, merci pour ton commentaire. Tu sembles assez informé sur le Tibet même si je n’ai pas vérifié les informations que tu donnes.
    Cependant quand j’écris que la Chine a “envahi” le Tibet, c’est bien pour reprendre les termes dits dans les médias. Et le terme “envahir” a le don de faire descendre les gens dans les rues. Souvent les gens ne réagissent qu’à un terme sans même aller chercher plus loin.

  7. Nicolas le avril 13th, 2008 12:30

    Jérome –>
    Sous le président Mao, il y avait en France des “idiots utiles”. merci de perpetuer la tradition par ce révisionnisme historique et des arguments douteux.
    La politique de modernisation de la chine est la la même que celle de la France en Algérie. La france a beaucoup de chose a se reproché, et à déjà fait ce que la Chine etait au Tibet. Mais ce qui était contestable il y a 50 ans ou 100 ans l’est toujours aujourd’hui. On ale droit d’en parler.

  8. stef le mai 8th, 2008 22:16

    Ben moi j ai juste 18, heureusement d’ailleurs que je n ai pas eu à voter aux dernières élections, et j avoue que je n ai lu que la premier article d’Aurélie et celui Jérôme. Ce que j’en dis, bien que je n’ai vécu que 18, ridicule sûrement, je peux dire que j’ai quant même un peu d’expérience par rapport au monde qui m entoure.
    J’ai vécu dans 5pays et dans chacun d’eux j’ai pu trouver une chose en commun, une politique pourri.
    Désolée d’écrire ça en ces thermes mais je n ai que 18ans alors j’ai le droit.
    En Égypte, j’étais petite, mais personne ne peut nier, islamisme dictatorial, mépris des femmes, tolérance très limités ( homo, look… on se comprend) donc politique pourri, mais vraiment pourri.
    Bon sinon, j’ai aussi la Roumanie à proposer. Alors là, nous avons, un gouvernement en pièce détaché, ( j’étais aussi petite mais les combats et les coups de feux dans le jardin, je m’en rappel un peu…), la misère à n en plus finir, la nourriture impossible à trouver (même pour nous, français en poste!!), donc à mon humble avis, une politique pourri.
    Ensuite la tunisie, là, j’étais grande, et quoi qu’on puisse en dire, il s agit bien d’une dictature. Là bas, j’ai tout vu, avec yeux déjà bien entrainés, j’ai vu la police tabasser les gens dans les commissariats, j’ai vu la famille présidentielle virer des vieillards à coup de matraque de leur maison pour les raser et construire les leurs , (remarquez, y a vu sur le port et sur la mer, elle a bon gout la famille présidentielle!), j ai vu aussi la misère des villages, les inondations, la boue jusqu’aux genoux, et la belle route fleurie sur le chemin du président, ne croyez pas que je caricature, c’est la pure réalité! Donc encore une politique….
    Bon, le mali, j’y suis encore donc je préfère ne pas m exprimer pour le moment.
    Il reste la france où j’ai passé 4ans. La france, le troisième pays ou j ai vecu, au milieu, en équilibre entre les quatre autres. La france, entre tout ca, c’était un peu comme un bol d’aire, pourquoi?
    Parce que en France, tout passe
    Ben oui, en Roumanie, en Tunisie, au Egypte, auMali, les pauvres, ils sont partout, la misère, elle est là, les ordures qui débordent, les canivaux à ciel ouvert du Mali, ils sont là, en vrai, tout les jours, l’odeur elle est là aussi, elle est vivant sur toi à tout instant.
    Mais en France, il n’y a pas d’odeur
    Vous, vous parlez, de la Birmanie, du Tibet, des enfants, des malades et des morts, mais au fond, ça n’a aucune importance tout ça.
    La misère et l’injuste, elles peuvent être à deux pas de vous si vous voulez l’y voir.
    Combien de fois j’ai pleuré parce que c’est dure de voir des gosses de trois ans bouffer du plastique dans une décharge?
    Je pleure plus maintenant, c’est leur vie, pas la mienne. Leur misère et leur décharges, ma misère à moi, notre misère à nous, les occidentaux privilégiés, les petits bourg, ou ce que vous voulez, elle est et sera toujours dans nos têtes, dans notre conscience, parce que quoi qu’on fasse, de l’humanitaire, des dons de sang, des missions de sauvetage,
    on sait bien qu’on ne peut rien faire.

Vous avez quelque chose a dire?