Peut t’on commémorer les 60 ans d’Israël ?



L’Etat d’Israël va bientôt fêter ses 60 ans d’existence. Depuis sa création, ce petit Etat de la Méditerrannée orientale déchaîne les passions. Il est normal que cet anniversaire reçoive un écho en France. Le Salon du livre de Paris accueille donc pour cette année la littérature israélienne. De longs dossiers et reportages sur Israël sont réalisés par de nombreux journaux et revues.... Des portraits nuancées et critiques, mais qui écartent l’histoire palestinienne.

L’échec du parti Kadima et le retour des anciens leaders ne sont pas forcement des signes de renouveau, mais la majorité des Israéliens en ont assez de la violence qu’ils savent impossible d’arrêter par la répression militaire. Ils ont également conscience du coût économique de l’occupation. Depuis 20 ans , les leaders israéliens de gauche comme de droite savent pertinemment que la seule issue au conflit passe par les négociations et les concessions. La démographie ne parle pas en leur faveur. Sur l’espace Israël-Palestine, la population arabe devrait bientôt depasser la population juive. La colonisation massive de la Cisjordanie a montré ses limites. Les images de la colonisation ne doivent pas nous faire oublier que celle-ci se concentre sur certaines zones, justement celles qui posent problèmes autour de Jérusalem.

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Le drapeau israélien. Photo publié sous licence Crative Commons par Templar1307.

Du coté Palestinien, les leaders politiques avec Mahmoud Abbas à leur tête ont adoptés des positions conciliantes. Il est loin le temps où les Palestiniens demandait la destruction d’Israël. La mort de Yasser Arafat (voire dernièrement celle de George Habache), la figure du militant indépendantiste et anti-impérialiste, a permis la mue du mouvement national palestinien. Le président palestinien Mahmoud Abbas a conscience que la paix et la réalisation d’un état palestinien, passe par des concessions, notamment sur les grands contentieux que sont le Droit au retour et la division de Jérusalem.

De leur coté de nombreux pays arabe ne reconnaissant pas Israël sont prêt à établir des relations avec l’Etat hébreu en cas de retrait total des Territoires occupés. C’est notamment le cas de l’Arabie saoudite. On peut douter de la sincérité et de l’audace de ces pays, mais il faut reconnaître que ce genre attitude est nouvelle et salutaire.

En dehors du Proche-orient, mais chez une véritable acteur du conflit, on peut être optimiste. Le président George W. Bush semble décidé de sauver ces derniers mois à la Maison blanche en avançant sur le dossier israélo-palestinien. Cependant, il apparaît plutôt que le président ne marquera pas les étapes historiques vers la paix comme son prédécesseur démocrate Bill Clinton. Les deux candidats démocrates Barack Obama et Hillary Clinton, devraient si l’un des deux est éluen effet montrer plus d’enthousiasme.

Pourtant, la paix semble très loin. Le sommet d’Annapolis réunit sous la houlette des Etats-Unis cet automne dernier n’a débouché sur rien. Depuis les Accords d’Oslo (1993), avancer dans la résolution négocié du conflit signifie des avancés concrètes et non à d’éternels bavardages. Le conflit israélo-palestinien est pris dans de nombreuses crises et tensions latentes régionales, au Liban, en Iran, en Irak principalement. Mais le plus grand obstacle à l’heure actuelle est la division des Palestiniens en deux entités politiques concurrentes contestant chacune la légitimité de l’autre. Il a été fait mention plus haut dans l’article d’un gouvernement palestinien apte à des négociations sérieuses. Bien évidemment, il désignait le gouvernement du Fatah de Mahmoud Abbas en Cisjordanie. Il est impossible de conclure un seul règlement avec une double souveraineté palestinienne. Si le Fatah doit se remettre en question et accepter les urnes, le gouvernement du Hamas est aujourd’hui un obstacle à la paix, créant énormément de problèmes, et attaquant frontalement Israël. Les violences entre Palestiniens et avec les Israéliens exaspèrent chaque camp. Pour les Israéliens, les attaques des Palestiniens contre leur pays sont la preuve qu’ils ne sont pas disposés à accepter la paix et Israël. La politique ambiguë de colonisation et de répression desespère quant à eux les Palestiniens et leur font douter des rélles intentions des Israéliens. Sylvain Cypel a remarquablement décrit cette « radicalisation » principalement chez les israélien depuis le début de la seconde Intifada en 2000 (1).

C’est dans ce contexte qu’intervient l’anniversaire des 60 ans de la naissance d’Israël. Pays fascinant, à la fois très ancien et très neuf, à la une de l’actualité n’importe où dans le monde, Israël mérite sa place dans les rétrospectives et portrait que lui consacrent en ce moment la presse française.

Ce la fait plusieurs années que l’on ne fait plus d’histoire « mythologique » pour Israël. Le ton est admiratif mais également critique. On vante comme toujours le pays qui a fait « fleurir le désert », mais on rappelle les dessous des décors. L’attention est desormais portée sur les tensions sociale de ce pays en proie aux oppositions (laïcs/religieux, Ashkénazes/Orientaux, Tel Aviv/Jérusalem, Juifs/Arabes, riches/pauvres etc.). Si Israël est l’Etat le plus riche de la région, on ne néglige pas de souligner les difficultés économiques et l’accroissement inquiétant des inégalités. Les portraits les plus catastrophistes, sinon sensationnalistes font d’Israël un pays en voir d’éclatement prochain.

La « nouvelle histoire » s’est invité dans ces portraits. Depuis les années 1980, ce tournant historiographique, archives à l’appuis, revisite les grandes étapes historiques d’Israël, principalement la guerre israélo-arabe de 1948. De ces recherches sortent, une vision d’Israël moins glorieuse. Les « Nouveaux historiens » (Tom Segev, Benny Morris, Ilan Pappé …) ont notamment pointé, non sans critiques et polémiques, la responsabilité d’Israël dans l’expulsion des Palestiniens en 1948. Rappelons que cette question, dite « des réfugiés, empoisonne encore les relations israélo-palestiniennes.

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L’écrivain israélien Amos Oz. photo publié sous licence Creative Commons par jlmaral.

La pauvreté culturelle en Israël était un sujet récurrent de raillerie par les Juifs de la diaspora. Les temps ont changé. Le cinéma, la littérature et les arts en Israëll sont aujourd’hui un point d’intérêt et de curiosité, sinon d’admiration. En témoigne, l’invitation d’écrivains israéliens au Salon du livre de Paris. Les Amos Oz, David Grossman, Avraham B. Yehoshua sont des figures présentables et respectable d’un Israël tout en nuance et questionnements. Point fondamental, ils sont notoirement engagés dans une résolution du conflit avec les Palestiniens, proche des positions du parti travailliste et du Meretz. Une certaine tiédeur dans leur positions est en effet également critiquée. A coté de ces représentants « politiquement corrects », il n’est pas rare de trouver des portraits et témoignages de leurs compatriotes, plus « francs-tireurs » : certains historiens de la « Nouvelle histoire » (Ilan Pappé), des militants comme Uri Avnieri ou Michel Warschawski, ou encore le célèbre Yeshayahou Leibowitz décédé en 1994.

Le problème de cette démarche est l’écartement -consciente ?- de l’histoire palestinienne. A coup sûr, ceux qui réalisent aujourd’hui des portraits sur Israël en 2008, feront de même pour la Palestine dans quelques semaines. C’est ce qui se passe dans la grande majorité des cas, comme si 1948 n’était pas une date fondatrice commune à deux histoires. En 1967, la revue Temps moderne, dirigée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, publia à la suite de la Guerre des Six-Jours un numéro special (253bis) sur Israël et la Palestine. Il été convenu de diviser le volume en deux parties, l’une écrite par des « Juifs », l’autres par des « Arabes », quel que soit la nationalité et l’engagement politique de l’auteur. Maxime Rodinson, savant orientaliste, Juif et antisioniste, refusa de jouer le jeu. Par conséquent, il plaça son article « Israël, un fait colonial ? » (2) en introduction. Rien a t’il changé ? Sur place, les difficultés d’ententes existent entre Israéliens et Palestiniens, même parmi les militants antisionistes (3). Israéliens et Palestiniens s’évitent soigneusement. Enfin, la « Nouvelle histoire » n’a pas encore trouvé de traductions en arabe.

Il faut abandonner cette histoire dualisée. Il est regrettable de na pas abordé les aspects du conflt des deux cotés. Dans son livre Exil et souveraineté. Judaïsme, sionisme et pensée binationale (La Fabrique, 2007), l’historien Amnon Raz-Krakotzkin ne propose pas tant un Etat binational qu’une nouvelle façon de penser la situation actuelle. Il invite à refuser de penser par oppositions, entre Israéliens et palestiniens, bien évidemment mais aussi en Israël entre laïcs et religieux. Une nouvelle façon pour Israël de se penser, pour vivre en paix avec lui-même et avec les Palestiniens.

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(1) Les emmurés: la société israélienne dans l’impasse, La Découverte/Poche, 2006.

(2) Reproduit dans Peuple juif ou problème juif ?, La Découverte/Poche, 1997.

(3) Voir les témoignages de Michel Warschawski dans Sur la frontière, Hachette littérature/Pluriel, 2004.

Commentaires

9 Reponses a “Peut t’on commémorer les 60 ans d’Israël ?”

  1. Nicolas le mars 17th, 2008 20:37

    ERRATUM
    Au début du 9ème paragraphe, lire « raillerie » au lieu de « ralliement ».
    La faute a été corrigée.

  2. moi le mars 18th, 2008 3:16

    60 ans deja ??? 60 ans que l’angleterre a fait don de cette terre aux victimes du genocide juifs (et polonais.et russe et gitans…) sans oublier les ressistants et les americains et les anglais…wouah

    on pourrait egalement feter les 60 ans de souffrances et de terreur des palestiniens …non…

    On pourrait aussi offrir un bonnet d’ane au nations unies pour laisser ce si petit etat faire un aussi grand nombre de morts (dont quand meme pas mal de civils)

    por le reste oui dans ses habitations a air conditionner sa playstation 2 et son championnat de football qui lui permet meme de jouer en europe (hey bientot peut une equipe israelienne sera championne d’europe) le peuple israelien souffre aussi mais moins de mort et moins de chomage

    a votre avis y’aura t’il encore des palestiniens dans 40 ans (lorsque on fetera les 100 d’israel)

    🙂

  3. BOHBOT le mars 26th, 2008 15:32

    La date exacte de la création d’Israel?

  4. Nicolas le mars 30th, 2008 16:32

    Le 14 mai 1948

  5. Boris le avril 5th, 2008 9:22

    Je voudrais répondre au commentaire de « moi » du 18 mars.

    Tout d’abord, je voudrais corriger ta pensée sur le « don de la terre aux victimes du génocide ». Si tu te repenche sur l’histoire de la zone, tu pourras observer que des juifs ont toujours été présents en Israel. L’immigration a commencé à véritablement augmenter au début du 20ème siècle, bien avant la seconde guerre mondiale. Des accords avaient déjà été signés au vu des tensions qui existaient entre les deux grandes communautés. Le génocide n’a fait qu’accélérer ce phénomène d’immigration, ainsi que les tensions nationalistes par là même. Les juifs qui (re)venaient en Israel achetaient des terres (les fameux kibboutz) qui ont par la suite servi à la délimitation des terres par l’ONU (non cela n’a pas été fait au hasard). Les anglais dépassés par les événements ont laissé le problème à l’ONU qui a ordonné un VOTE : les pays ont votés, et quelque soient les raisons des choix de chacun, la (re)création d’Israel n’a pas été un « lot de consolation ». Je dis bie recréée car tu sais sans doute qu’Israel a déjà existé en tant que roayume.

    Ensuite pour ce qui est des 60 ans de souffrance des Palestiniens, pourquoi pas, mais à ce moment là fêtons aussi les 60 ans d’un terrorisme sain et durable dans la région.

    Pour ce qui est du grand nombre de morts dont des civils, il est toujours assez drôle de constater que la victimisation de notre société fait donner raison à ceux qui « souffrent » le plus. Tu te rangerais du côté des israeliens s’il y avait plus de morts de leur côté ? Est-ce là ton critère ? Si la technique militaire des israeliens est supérieure, et qu’ils parviennent à limiter le nombre de morts de leur côté, il semble difficile e leur reprocher. Certes, ils font beaucoup (trop) de victimes dans le camp adverse, mais les actes terroristes qui mettent en danger les gens mangeant au restaurant ou prenant le bus, légitiment peut-être la tentative de l’armée de protéger sa population. Ce qu’elle fait d’ailleurs plutôt bien, puisque sache qu’à une période plus agitée, des porteurs de bombes étaient arrêtés quotidiennement à la frontière par l’armée.

    De plus, les militaires israeliens n’ont pas l’habitude de se faire sauter lorsqu’ils défendent leurs intérêts. Si tu compte le nombre de kamikazes morts depuis 60 ans, tu verras que ce n’est pas négligeable.

    La réflexion sur la playstation 2 et le football me paraissant peu pertinente, je prendrai la peine de conclure immédiatement sur une phrase pas assez célèbre de Golda Meir, ancienne premier ministre israelienne, s’adressant aux dirigeants palestiniens.
    « On pourras vous pardonner pour les morts que vous avez causé chez nous, mais pas pour les morts que vous nous avez fait causer chez vous ».

    Et non, ça ne les fait pas rire les israeliens de tuer les gens (a part peut-être dans les jeux vidéo de playstation 2).

  6. israel vivra le mai 8th, 2008 13:16

    les arabes sont des terroristes ils se font exploses et manipules les medias il nya pas un seul pays arabes democratique alors que le seul pays juif l ait alors vive ISRAEL et a bas le terrorisme et donc les arabes

  7. Kitsoukou they preyfa le juin 16th, 2008 21:58

    60 existance?????
    C’est claire que c’est du mensenge car l’histoire et bien vivante. On peut fêter 60ans de souffrance et de terrereur du peuple Palestinien.
    … Après cela, Les Israeliens devraient disposer dans les territoires Palestiniennes.
    Puis après dans l’avenir , je serai d’accord avec vous de fêter la premiere année de l’existance de l’etat qui s’appelera Israel.
    Merci.

  8. delvit le novembre 28th, 2008 9:30

    c’est reconfortant de voir que descoeurs rejoignent le peuple juif!
    c’est absolument triste et desolant de voir une ignorance profonde qui conduit au sarcastisme et a toutes les derives du raisonnement ,,mais au nom de quoi?
    ne pas parler ou juger de ce que l’on ignore ou connait mal,il semble que beaucoup acceptent un voile fasse a la realité du peuple d’israel;;qui existe et je rajoute:GLOIRE A DIEU;qui a fait permis que ce peuple retrouve son ereztz israel,,,non ,ce n’eatit pas l’ouganda ,ce n’etait pas l’australie a qui DIEU avait donné la terre a ABRAHAM mais là a l’intersection des continents dans ce petit espace 1000 fois plus petit que les territoires ,et c’est là
    que apres le desir de la solution finale de ce peuple par hitler qu’enfin ,,ils retrouvent refuge ,,n’est ce pas simplement LEGITIME?la difficulté c’est qu’hitler n’est pas mort ,sa pensée diabolique est encore vehiculée dans les mentalités qui gobent tout et sont hypnotisées par les medias ,:conseil ,revenez a la bible a la parole de DIEU ,lisez l’histoire du peuple d’israel ,peuple du livre ,peuple des prophetes et des promesses ,peuple qui nous a donne le sauveur JESUS CHRIST,peuple rejeté car on a fait de lui un peuple déisside ,HONTE a nous ;pour tout ce qu’on lui a fait subir depuis 2000ans au nom de quoi?(celle de l’ignorance,de l’aveuglement,et j’en passe).C’est tout simplement normal et humain ,et je rajoute AUSSI DIVIN que ce peuple REVIENNE enfin chez LUI,attention tous ceux qui ont voulu detruire israel s’opposent au createur ,meme s’il n’est pas parfait ,ce peuple est là aussi pour votre salut ;soyez prudent ,et reflechissez avant de lui tirer encore dessus,ça risque de se retourner contre vous car DIEU a dit a ABRAHAM: »JE BENIRAI CEUX QUI TE BENIRONT ET JE MAUDIRAI CEUX QUI TE MAUDIRONT, »genese12
    en ces temps de noel ,(qui veulent dire quoi pour vous?)que YECHOUAH vous fasse grace
    colette

  9. Rouag le avril 15th, 2009 18:25

    La future guerre en Israel les Achkanazs contre les Sépharades. deux peuples complètement Different, la Création d’Isreal c’est une Connerie de l’Onu , il y a une terre il y a deux peuples chacun sa religion ont peut vivre en Palestine comme avant 1948, le plus Dangereux aussi c’est le Sionisme International, qui finance tout ces geurres , ils sont en france USA, et le reste du Monde, je souhaite que ces vivent à el quods,ou Tel aviv, Gaza, comme ça en peut leurs argent servent quoi.? le vrait juif c’est sépharde,qui parle souvant l’arabe, meme coutume, meme tradition que ces cousins arabes,l’achkanaz c’est un Européen qui n’as rien avec la Palestine.

Vous avez quelque chose a dire?