Guerres démographiques : Afrique du Sud, Irlande du Nord, Kosovo, Israël-Palestine



En France, il n’y a guère que l’extrême-droite qui terrorise les Français en exposant le risque d’une France submergé démographiquement par les musulmans. Dans d’autres pays, ce genre de considérations est le discours ordinaire des élites. Petit tour du monde non exhaustif des guerres démographiques.

Afrique du Sud de l’apartheid

Dans les années 1980, les Blancs au pouvoirs remarquent que le système que « séparation totale » qu’ils ont installé il y a trois décennies ne peut plus (sur)vivre : révoltes des Noirs, boycott et discrédit internationale, coût exorbitant du maintient du système, guérilla en Namibie. Ils le savent d’autant plus que la part des Blancs dans la population sud-africaine est amenée irrémédiablement à décliner. La petite forteresses des Blancs d’Afrique australe crée par l’apartheid n’a plus les moyens d’exister, sinon aux prix de reformes. Le président Pieter Willem Botha tente de sauver le système de séparation en apportant de très légères retouches aux éléments les plus injustes du système. Les Sud-Africains et le monde ne sont pas dupes. Son successeur Frederik de Clerk est pragmatique : la survie des Blancs d’Afrique du sud ne peut s’obtenir que par la création d’une nouvelle république de citoyens égaux. En 1994 Nelson Mandela est élu président aux premières élections multiraciales de l’histoire du pays

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Révoltes en Irlande du Nord

En 1921, par le traité de Londres, la Grande-Bretagne donne à l’Irlande l’indépendance qu’elle attendait. Mais une partie de la province de l’Ustler reste néanmoins sous domination britannique. C’est la naissance de l’Irlande du Nord peuplé majoritairement de protestants. Mais minorité catholique discriminé politiquement, socialement et économiquement, les catholiques d’Irlande du Nord se révolte dans les années 1960. La Grande-Bretagne est sorti de sa torpeur bien tard. La paix entre communautés concrétisée depuis les Accords de Vendredi saint en a relancé le débat sur l’avenir de la partie septentrionale de l’île. Les catholiques d’Irlande du Nord comme du Sud ne cachent pas leur désir de voir l’Irlande réunifié dans une République unitaire. La Grande-Bretagne a récemment accepté que la partie nord puisse rejoindre le Sud, en échange de l’abandon de la part de l’Irlande d’inscrire la réunification de l’île comme objectif dans sa constitution. L’avenir de l’Irlande du Nord appartient à ses habitants désormais. Les protestants majoritaires revendiquent leur place sous la Couronne britannique. Ils savent néanmoins qu’à terme les catholiques seront majoritaires. Alors, l’existence de ce résidu de l’impérialisme britannique se reposera.

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Révoltes d’indépendance au Kosovo

La province serbe peuplé à 90% d’Albanais présentait des caractéristiques sensiblement différente il y a quelques décennies. En 1961, les Albanais composaient 67.2% de la population au coté des Serbes et autres minorités. La plus grande natalité des familles albanaises a inquiété les autorités serbes de Belgrade dans les années 1980, craignant une « purification ethnique » des Serbes par les Albanais. A l’heure où l’on parle d’une prochaine indépendance du Kosovo, il faut se souvenir de cette guerre démographique entre Albanais et Serbes dans la province australe du pays. Cette question sera plus développée dans un article à venir.

Guerres Israël-Palestine

Dans cette toute petite partie du monde surmédiatisé, s’affrontent plusieurs guerres démographiques mettant à mal le modèle sécularisé et libéral du sionisme.

Tout d’abord au sein d’Israël. Les Juifs orthodoxes expriment perpétuellement leur hostilité à Israël. En effet, nombreux sont ceux qui sont opposé à un « Etat juif » puisque que c’est à Dieu de mettre fin à la Diaspora. Les 800 000 Orthodoxes rejettent la vie moderne et ne cachent pas leur haine des élites dirigeantes sionistes. La natalité des femmes orthodoxes est supérieure à celle des autres israélienne (environ sept enfants par femmes). Il n’est pas injuste de considérer, avec Emmanuel Todd, cela comme une « fécondité de combat ». Les orthodoxes ont bien conscience que plus nombreux, plus ils seront forts en Israël et dans les Territoires occupés palestiniens.

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Environ 20 % de la population israélienne n’est pas juive, soit un peu plus d’un millions de personnes. Ce que l’on appelle les « Arabes israéliens », « Israéliens arabes » ou encore « Palestiniens de 48 » constitue une minorité discriminée et peu intégrée dans un pays se considérant comme « juif et démocratiques ». Les Israéliens juifs craignent que dans quelques décennies les Arabes (musulmans mais aussi chrétiens et druzes) constituent une majorité de la population. Les projections démographiques inquiètent un grand nombres d’homme politique. Le sionisme avait en effet pour objectif de donner au Juifs en minorité dans tous leur pays, un état où ils seraient en majorité. La natalité des Arabes israéliens les inquiete car il anéantirai l’existence d’un état juif. A l’extrême-droite, le parti Israel Beytenou du ministre des affaires stratégiques au gouvernement Avigdor Liberman, propose sans ambiguïté un « transfert » des Arabes israéliens. Les autres partis cherchent, à inciter ces populations à partir. Dans un tel contexte, on comprend l’interêt du gouvernement d’Israël à accelerer l’immigration (l’Aliya) des Juifs du monde entiers vers Israël

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Les israéliens doivent aussi faire face à un menace démographique venant des Territoires occupés. En 1967, l’annexions de ces terres avaient rencontré l’enthousiasme et la quasi-unanimités des Israéliens. Subissant l’influence du sionisme révisionniste de la droite et de son rêve du « Grand Israël », les dirigeants travaillistes en 1967 entendent s’implanter sur les conquêtes territoriales. L’Intifada en 1987 fait comprendre qu’il est impossible de de chasser tous les Palestiniens vers les pays arabes voisins. Les élites au pouvoir, à droite comme à gauche, ont sorti leurs calculettes. La plus grande natalité des familles palestiniennes rend impossible une implantation durable en Cisjordanie et à Gaza. L’idée de séparation prôné par la gauche travailliste vient aussi de là. Les dirigeants israéliens depuis les années 1990 n’oeuvre pas pour la paix uniquement par justice. La survie d’une implantation juive au Proche-orient doit passer par des concessions. Le mur, de « sécurité » pour les uns, de « séparation » pour les autres, qui va au-delà des frontières de 1967, va dans ce sens. Les promoteurs du « Grand Israël » à droite et à l’extrême-droite ne soutiennent pas la construction de ce mur. Ils revendiquent au contraire un Etat juif de la Méditerrannée au Jourdain.

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