Tunisie : la dictature au dessus de tout

25 novembre 2007

Le régime dictatoriale tunisien de Ben Ali est bien plus admiré en France et ailleurs comme un modèle de reussite economique que politique. Explications

20 ans ! Ca se fête pour Zine el-Abidine Ben Ali, bien evidemment. Avec deux decennies passé au pouvoir, le président de
la Tunisie semble avoir fait de son pays, une nation moderne. Sont souvent notés les indicateurs socio-économiques au vert, la paix sociale, la faiblesse des islamistes, la place des femmes etc.

Des atouts qui plaisent

La Tunisie a les mérites de la Chine sans ses critiques : un miracle économique, mais qui ne cache pas une misère sociale ahurissante En ce qui concerne la démocratie, le bilan est moins élogieux. Pour sa défense, Ben-Ali argue que la pays est en démocratisation. Beaucoup adhèrent. Jacques Chirac, dans une visite en 1995, a vanté le “modèle tunisien” et exhorté ceux qui ne partagent pas son enthousiasme à de la patience. Douze années plus tard, le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, est allé lui aussi de son éloge. Accompagnant le président, la secrétaire d’état chargée des affaires étrangères et des droits de l’homme, n’a pas daigné rencontrer les militants des droits de l’homme de Tunisie. Pour quoi faire ?

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La Tunisie n’est pas une dictature comme les autres. Si le président de la république est élu au la main sur des scores dont aucune anciennes Démocratie populaires d’Europe de l’Est aurait rougit, il n’y a pas de système de parti unique. Des élections sont organisées à tous les niveaux. Ajoutons un Ben Ali, bien loin des dictateurs caricaturaux comme Saddam Hussein, Kim-Jung-Il ou encore Jean-Bedel Bokassa, ce qui l’excuse d’être affiché partout. Que dire tout de même d’un pays qui délivre des autorisations pour les partis politique ? N’hésite pas à arrêter des opposants politiques ? À censurer la presse ? A restreindre l’usage d’Internet ? C’est le cas de nombreux états dans le monde. Mais pourquoi se tait-on quand
la Tunisie est abordé ? Car la machine tunisienne est bien huilée.

Le mythe du rempart du choc des civilisations

Pour les raisons évoquées, la Tunisie est admiré. Ce pays ressemble à beaucoup d’égard à Singapour : un miracle économique pour un petit pays, et un subtil système politique autoritaire. La réussite de Singapour a été souvent expliquée par les “valeurs asiatiques” du Confucianisme, de la primauté du la communauté sur l’individu et du respect de la morale, des traditions et des anciens. C’est en tout cas le discours de Lee Kwan Yew, ancien président de la cité-état et architecte de sa réussite (Samuel Huttington dans son célèbre ouvrage Le choc des civilisations le cite à toutes les pages sur l’Asie sans jamais prendre ses distances) (1). Ben Ali, quant à lui, propose aux européens une synthèse harmonieuse entre Orient (ou Islam) et Occident (2). Les défenseurs les plus dangereux de la division entre Orient et Occident, ce ne sont pas les plus bellicistes (les islamistes radicaux ou les néo-conservateurs), mais ceux qui y prône la paix. Comme si la transformation du monde musulman vers la modernité passait obligatoirement par la violence si elle n’est pas maîtrisée par une force politique suffisamment légitime et autoritaire. Il n’est pas étonnant alors que le président Nicolas Sarkozy attache tant d’importance à « prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident », « sans doute l’un des plus important défi du monde ». Pas étonnant non plus, le projet cher à Nicolas Sarkozy d’une Union méditerranéenne réconciliant l’Europe et l’Afrique.

(1) Pour un critique des « valeurs asiatiques », voir Bernard Cassen, « Du bon usage des valeurs asiatiques », Le Monde diplomatique, Août 1995

(2) L’opposition entre Orient et Occident est contestable. Le livre de George Corm Orient-Occident, la fracture imaginaire (La découverte, 2006) questionne ces concepts

Commentaires

3 Reponses a “Tunisie : la dictature au dessus de tout”

  1. IL le novembre 27th, 2007 0:14

    Merci pour cet article

  2. Serge le novembre 27th, 2007 19:34

    Très intéressant effectivement et très bien écrit.

  3. Braum le novembre 30th, 2007 2:58

    L’Association Edgar Faure après le triomphe du Prix 2007 prépare le Prix de Littérature Politique Edgar Faure 2008 apres le succès de celui de cette année, Le toit Citoyen , La grande Arche, Henri Maire, un jury qui sera dévoilé petit à petit beaucoup de surprises
    Rodolphe Oppenheimer forme son équipe.

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