Palestine : “Seul un peuple libre peut négocier”

24 octobre 2007

Le climat politique en Israël-Palestine a ses hauts et ses bas. Si la situations actuelle semble dessiner de petites esperances vers la paix : Ehoud Olmert, Mahmoud Abbas et George W. Bush tentent tous les trois d’avancer les negociations pour sauver leur popularité en berne. Pourtant, avant de commencer toutes négociations il est urgent de donner à la Palestine et aux Palestiniens leur liberté

Mandela

En 1987, le régime de l’apartheid est moribond : les révoltes de la population noire s’enchaînent et le boycott a débouché sur une insurmontable crise économique. Le président Pieter Willem Botha est un partisan résolu de l’apartheid. Néanmoins, il s’attache à reformer en surface le rédime pour donner l’impression à ses compatriotes et au monde, que l’Afrique du sud change et s’adapte. Il négocie notamment avec Nelson Mandela leader de l’ANC et symbole de la résistance noir, enfermé depuis une vingtaine d’année en prison. Le président Botha lui propose la liberté en échange d’un renoncement à la lutte armée. Nelson Mandela lui répond que « seul un homme libre peut négocier ».

La Palestine après Oslo
La Palestine actuelle est emprisonnée. Avant les Accords d’Oslo en 1993, c’était le peuple palestinien qui était prisonnier de l’occupation israélienne, depuis 1967. Depuis, les Palestiniens ont obtenu d’Israël une autonomie sur certaines zones des territoires occupés (1). C’est la naissance de l’Autorité Palestinienne. Mais c’est une cage. Considérant Oslo comme une avancée décisive après un quart de siècle d’occupation les Palestiniens, Israéliens et le monde entier se sont enthousiasmé, en espérant une paix prochaine et durable. Cependant, bien que disposant de nombreux attributs d’un état, et une représentation à l’ONU, l’Autorité palestinienne est prisonnier d’Israël. L’état hébreu, n’est pas un pays voisin, c’est le pays qui l’abrite.

Jamais les Accords d’Oslo n’ont eu pour but d’établir tout de suite ou prochainement un état palestinien, véritablement souverain. C’est à des négociations ultérieures de donner naissance à un futur état. De nombreux observateurs éclairés ont comparé la situation post-Oslo à un apartheid. Sans rentrer dans les détail, la comparaison est souvent juste et percutante (séparation des population par la loi, contrôle des mouvement des populations, lois ségrégatives, territoriennes palestiniens semblables aux Bantoustans sud-africains, exploitation économique), mais heureusement pas systématique. L’Autorité palestinienne est complètement dépendante d’Israël en matière d’économie. C’est Israël qui contrôle l’approvisionnement en eau ou les douanes. La vie des Palestiniens s’est en effet aggravée depuis Oslo. Les barrages et contrôles se sont multipliés. La liberté de circuler s’est considérablement dégradée. Ce qui a été délégué aux Palestiniens est morcelé en blocs urbains. Si les grandes villes sont palestiniennes (Ramallah, Bethléem, Jénine…), les campagne où résident certes peu de Palestiniens sont toujours sont contrôle israélien. Les territoires palestiniens n’ont aucune homogénéité et continuité. Les territoires autonomes palestiniens, incapable de vivre de manière autonome, servent de réservoir à main-d’œuvre bon marché pour Israël, tout comme les bantoustans sud-africains.

Yasser Arafat

Les accords d’Oslo ont mis la Palestine devant des responsabilités ingérables. Un état qui n’est pas souverain ne peut maîtriser son économie, sa sécurité et celle des autres (Israël). L’autonomie coûte cher à la Palestine. On demande à la Palestine une normalisation, ce qui est impossible dans les conditions où elle est. Prétextant une flambée de violence contre Israël et les israéliens, dès le début de la seconde Intifada en 2000, le gouvernement israélien n’a pas hésité à envoyer l’armée et à s’infiltrer les zones d’autonomies palestiniennes, en toute impunité. Ariel Sharon, quand il était premier ministre, a encerclé le président élu de l’Autorité Palestinienne Yasser Arafat à Ramallah, l’empêchant tout mouvement. Cela sans que la communauté internationale en trouve beaucoup à redire. Les accords d’Oslo ont certes aboutit au retrait de l’armée israélienne et des colonie sur les terres et villes où sont désormais installés les territoires palestiniens. Mais sur le reste des territoires occupés, le gouvernement israélien a dans le même temps accéléré la colonisation, notamment autour de Jérusalem.

Retour des affrontements
La seconde Intifada (depuis 2000) peut être analysée comme une « réponse » à l’impossibilité des accords d’Oslo d’aboutir à une situation viable et définitive. Les accords de Camp David (2000) aurait pu déboucher sur un état Palestiniens. Mais Israël, malgré les apparences (le mythe des « généreuses propositions » auquel aurait refusé Yasser Arafat), n’a proposé que des solutions inacceptables pour les Palestiniens. Le processus de négociation qui s’avançait peu à peu vers une résolution équitable a été brisé par l’élection surprise du Likoud et de ses alliés portant Ariel Sharon au poste de premier ministre.

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La victoire du Hamas aux élections législatives de 2006 suit l’Intifada. Le mouvement islamiste et nationaliste a notamment gagné de l’exaspération du Fatah, le parti de feu Yasser Arafat et du président Mahmoud Abbas. Le Hamas représente pour beaucoup de Palestiniens, le seul mouvement capable de revendiquer leurs droits. Le Fatah est accusé d’avoir vendu la Palestine. Le Fatah est aussi largement accusé de corruption.

Avant de juger hâtivement, souvenons nous aussi que le Hamas a été encouragé par Israël et les USA pour apporter une opposition au gênant Fatah de Yasser Arafat.Les premières réactions à cette victoire furent évidemment hostiles à l’encontre de la Palestine palestinienne, qui « a mal voté ». L’Union Européenne a gelé ses subventions, indispensable soutient financier. Israël a prit possession des recettes perçues aux douanes. Comment après un gouffre financier s’étonner des crises qui se sont succédés, comme les grèves des fonctionnaires ne recevant plus de salaires ? De ce climat sont né les affrontements entre la Fatah et le Hamas.

La prise de Gaza qui a suivi le Hamas est à mettre en lien avec cette crise provoqué par Israël, les USA et l’UE. Il n’est pas certains que la division de la Palestine ne deux fut le but recherché. Cependant, la situation est profitable. Israël a par exemple redonné aux Palestiniens de Cisjordanie, la perception des droits de douane qui leur reviennent de droit. Le Fatah qui gouverne la partie cisjordanienne est plus faible que jamais. Il n’est pas étonnant que les leaders israéliens et américains parlent d’une « fenêtre d’opportunité ». Le président des USA, George W. Bush a prévu une conférence pour cet automne. Il en sera à coup sur difficile de sortir quelque chose de réellement neuf.

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La voix de Nelson Mandela surgit : « seul un peuple libre peut négocier ». La situation actuelle rend difficile un règlement équitable et juste (que faire de Gaza ?), mais la rend également inacceptable. N’étant pas maître de leur destin, les Palestiniens ne peuvent accepter des négociations. Celles-ci se solderont sur de trop grandes concessions coté palestinien.
Il est nécessaire de discuter avec le Hamas, pour le Fatah mais aussi pour Israël .Onze fameux intellectuels israéliens (dont notamment A. B. Yehoshua, Amos Oz, David Grossman), attaché au sionisme et à Israël, loin des idées des israéliens les plus radicaux, ont avancés dans une pétition qu’il est nécessaire pour Israël de négocier avec le Hamas, tant bien même ce dernier ne reconnaît pas Israël (« Dans le passé, Israël a négocié avec ses pires ennemies).
Le Hamas ne reconnaît certes pas Israël à l’inverse du Fatah. Cependant, lors des négociations avant les affrontements entre les deux partis pour un partage du pouvoir sous patronage saoudien, le Hamas aurait pu reconnaître implicitement Israël si ces négociations avaient abouti.

Un modèle à suivre
Mais à long terme, il faudrait sûrement à Israël un Frederik de Klerk. Le successeur de P. W. Botha à la tête de l’Afrique du Sud a compris l’impossibilité de poursuivre l’apartheid. En Février 1990 il autorise l’ANC et la libération sans condition de Nelson Mandela. Les négociations entre parties libres ont pu débouché sur une « Nouvelle Afrique du Sud ». Le processus de négociations qui mit fin à l’apartheid entre 1990 et 1994 fut long et difficile pour tous. Frederik de Klerk n’est pas un militant anti-apartheid. C’est un pragmatique qui a compris que l’Afrique du Sud doit changer pour sortir de l’impasse économique, politique et sociale. Depuis Oslo, Israël n’a eu que des P. W. Botha. Israël est dans l’impasse. Maintenant Israël a besoin d’un Frederik de Klerk !

(1) Les territoires occupés sont divisés en trois zones :
-la zone A, où les Palestiniens disposent de l’autonomie.
-la zone B, sous contrôle palestinien comme la zone A, mais où l’armée israélienne est toujours présente pour la sécurité.
-la zone C, sous contrôle israélien, environ 70 % des territoires occupés

Commentaires

Une Reponse a “Palestine : “Seul un peuple libre peut négocier””

  1. Serge Baillargeon le octobre 28th, 2007 20:30

    Je ne suis pas un expert de ces questions, mais je dois avouer que le parrallèle avec Nelson Mandella est très bien trouvé. Je te lève mon chapeau pour cet article très complet sur la question.

    Comme toujours, on sent que l’ingérence des Etats-Unis y a pour beaucoup à faire. Que faire si ce n’est effectivement espérer des leaders qui seront aptes à remettre les vieilles querelles de côté pour entamer des négociations. Mais est-il seulement possible que de tels dirigeants arrivent au pouvoir dans ces pays compte tenue de la situation géopolitique actuelle?

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