Tournée asiatique des médias (II) : l’oubli du Pakistan

6 octobre 2007

Si l’Inde a fêté dignement son anniversaire en France, ce n’est pas le cas de son « frère jumeau » pakistanais, né le même jour (1). Le Pakistan a effectivement été « oublié », et pour cause. A l’heure des bilans, celui du Pakistan est morose voire désastreux. Si l’inde incarne la réussite, le Pakistan quant à lui représente tous les échecs : de la décolonisation, économiques, nationaux, politiques, cultuels etc.

Pourquoi parler en 2007 du Pakistan ? Tout d’abord c’est la moindre des politesses, mais aussi c’est aussi un pays au cœur des relations internationales et de la politique étrangère américaine. Le Pakistan interroge également un modèle en faillite. Le Pakistan, fondés sur des régions aux cultures très diverses, a toujours, soixante ans après sa naissance, à se donner une identité nationale autre que musulmane.

Carte Pakistan

Les musulmans qui fondèrent le Pakistan étaient ce que l’on appelle aujourd’hui des « modérés ». Le Pakistan auquel il rêvait n’était pas un état islamique, mais un état pour les musulmans des Indes britanniques. C’est le but de la partition de 1947 divisant le joyaux de l’Empire britannique en deux états : Inde et Pakistan. Il s’agissait pour les leaders pakistanais de faire entrer les musulmans dans la modernité.

Après l’échec de la démocratie au milieu des années 50, les dirigeants pakistanais ont, à des degrés divers favorisés, le fondamentalisme musulman, en allant parfois jusqu’à l’islamisation des lois et de la société. C’est notamment le cas de la dictature du général Muhammad Zia-ul-Haq entre 1977 et 1988, dont un certains nombres des mesures rétrogrades inspirés par la sharia subsistent toujours.

La démocratie dans l’histoire du Pakistan, c’est celle de parenthèses, de quelques années, toujours instables. Depuis 1999, le pays est dirigé par le général Pervez Musharraf, qui a en effet mis fin à l’expérience démocratique longue d’une décennie. Bien qu’il se réclame de Mustapha Kemal et de son modèle d’état laïc, moderne et autoritaire, Pervez Musharraf un jeu ambigu avec les puissants mouvements islamistes. Il évite de s’opposer davantage à cette opposition civile et parlementaire, assis sur une large base populaire. Le marasme économique favorise évidemment l’attrait de la population pour le fondamentalisme religieux. Les défaillances du système éducatif sont du pain béni pour les madrasas, à l’enseignement basé sur la religion.

Le rejet des USA alimente la contestation islamiste. En effet, le Pakistan par sa position dans le jeu géostratégique mondial est un pion indispensable pour les USA dans sa « guerre contre la terreur ». En nouant cette alliance à la suite du 11 Septembre, le Pakistan du général Pervez Musharraf a dû se repositionner sur des positions pro-occidentales, s’attirant les foudres de l’opinion islamiste. C’est le but de la médiatisation des affrontement avec les islamistes de la Mosquée Rouge d’Islamabad.

Un état puissant ?
N’oublions pas que le Pakistan fait parti du club nucléaire depuis 1999, en réponse à l’Inde qui s’est équipé quelques années auparavant. C’est avec l’Inde que les contentieux sont les plus importants. La question du Cachemire envenime toutes les relations avec son voisin. Mais depuis la guerre de Kargil entre les deux pays en 1999 et le face-à-face nucléaire, les deux ennemies semblent prendre conscience d’un règlement prochain du conflit. Les choses avancent cependant très lentement. De plus le renoncement définitif du Cachemire oriental aux mains des Indiens, qui l’ont acquis par la force après l’indépendance pourrait apparaître comme un crime et une trahison du pouvoir par les islamistes.

Avec l’Afghanistan, les relations sont aussi ambiguës En 1996, le Pakistan fut l’un des seul état du monde (avec l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis) à reconnaître le régime des Talibans, pensant que ceux-ci apporterai stabilité à la région et au Pakistan. Immédiatement après les attentats de 2001, le pays s’est rangé aux cotés des USA, brandissant de nombreuses menaces. Le Pakistan est au cœur d’un monde instable.

Les zones frontalières du Pakistan, les « zones tribales » font partie intégrante de la nation pakistanaise, mais ce sont les tribus Pathans qui administrent ces zones, et parfois le seul droit d’accès à certaines zones. L’armée et la police pakistanaise n’ont pas le droit d’intervenir. C’est dans ces zones tribales que s’effectue le trafic vers l’Afghanistan. De même, elles abritent de nombreuses madrasas fondamentalistes, formant des soldats pour le Djihad. Le général Pervez Musharraf tente d’imposer la loi d’Islamabad dans ces zones à la demande des USA demandant d’éradiquer un des berceaux de l’activisme islamiste, mais en vain.

Et la démocratie ?

Président Musharraf

Le Pakistan est la représentation parfaite d’un pays à la dérive. Au Printemps, le renvoi du président de la cours suprême Iftikhar Mohammad Chaudhry à entraîné de nombreuses manifestations pour la démocratisation du pays. Le président tente de rallier cette population hostile à son égard dans une lutte commune contre l’islamisme (viellereçette des docatures en pays musulmans), d’où le besoin de médiatiser l’affrontement de la Mosquée Rouge. L’avenir politique du Pakistan est en effet pour le moins incertain, dépendant beaucoup de la seule volonté du général. Benazir Buttho, ancienne première ministre, leader du Parti populaire pakistanais (Pakistan People’s Party – PPP) opposante à la dictature mis en exil par Mussaraf, devrait retourner aux affaires. Benazir Buttho obtiendrait un poste de premier ministre au coté du président donty il ne fait pas de doute qu’il s’agira de Musharraf. Par contre, le président refuse, contre l’avis de la cour suprême, le retour de Nawaz Sharif, leader des mouvements islamistes. Pervez Musharraf a déjà annoncé qu’il renoncerai à son titre de général, délaissant donc le commandement de l’armé. Ces opposants lui reprochent de ne pas le faire maintenant.

Le Pakistan après soixante ans d’existence a l’avenir toujours incertain.

(1) Félicitons au passage le National Géographic pour son numéro d’Août pour avoir consacré un dossier sur le Pakistan, évitant des article déjà vu partout sur l’Inde, ainsi qu’Arte pour un documentaire spécialement réalisé pour l’anniversaire. Mais pourquoi avoir programmé ce dernier, à la date d’un autre anniversaire (au rapprochement douteux), le 11 Septembre ?

Commentaires

Une Reponse a “Tournée asiatique des médias (II) : l’oubli du Pakistan”

  1. lecteur le décembre 15th, 2007 3:04

    bonjour
    je trouve pour ma part tres bien d’etailler ces information.
    bonne continuation

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