Pékin 2008 : la question du boycott
21 septembre 2007
Alors que la Chine se prépare à accueillir pour la première fois sur son sol, les Jeux olympiques (J.O.) d’été l’année prochaine, promis comme les plus grand de l’histoire, des voix se font entendre de part le monde proposant le boycott. Malgré l’ouverture sur le monde et le marché, l’ancien état maoïste reste une dictature dont il faut montrer à la population mondiale, la réalité.
Ségolène Royal durant sa campagne présidentielle a laissé entendre que si elle était élue, la France ne participerai pas aux J.O. de Pékin. A l’inverse, Nicolas Sarkozy s’est complètement opposé à l’idée. Rien n’indique en effet pour le moment un grand mouvement de boycott des festivités, comme il a été le cas pour les J.O. de Moscou (1980) ou de Los Angeles (1984)
Le contexte était fort différent, puisque ces éditions des J.O. étaient au plein cœur des rivalités USA/URSS et de l’invasion de l’Afghanistan par l’armée soviétique.

Une arme contre la dictature ?
Plusieurs arguments sont mobilisés pour s’opposer à un boycott.
Passons l’argument officieux que l’on n’ose pas brandir du « touche pas à mes J.O. ! »
Plus sérieux, le relativisme vis-à-vis de la dictature chinoise. Le député UMP Lionnel Luca s’est demandé s’il « fallait aller aux J.O. de Berlin en 1936 ». Cet argument en faveur du boycott a beaucoup retenu l’attention. Menacer de Boycott serait donc assimiler la Chine autorito-capitaliste d’aujourd’hui au IIIe Reich. Lionnel Luca n’a pas fait la bonne comparaison. Dans les milieux en faveur du boycott, c’est plutôt au régime militaire argentin qui accueillit la coupe du monde de football en 1978, qui fait figure de référence. Une telle argumentation ne doit pas faire oublier que si la Chine n’est certes pas une dictature fasciste au dessein belliqueux, mais reste un état qui viole les droits de l’homme, des peuples, utilise la violence pour museler la contestation et fait payer le miracle économique sur l’exploitation des paysans.
Un autre argument est utilisé, plus subtil. C’est notamment la position du médiatique Pascal Boniface. Des J.O qui se dérouleraient dans des conditions normales serait l’occasion de voir et de discuter de la vrai Chine d’aujourd’hui. En 1978, l’échec du boycottage de la coupe du monde a permis de révéler aux yeux du monde les atrocités de la dictature argentine.
A l’inverse, ceux qui prône le boycott savent très bien le rôle du sport et des victoire dans le maintient des dictatures. La victoire de la sélection argentine en 1978 fut une aubaine pour la Junte militaire, organisant l’unité nationale face à la dictature.
Il n’est pas certains qu’en 2008, les médias s’intéresse davantage à dresser un portrait objectif et complet de la Chine. Mis à part la Chine, il est assez simple dans le monde de s’informer sur le pays. Les reportages qui ne versent pas dans l’éloge sont certes peut être moins nombreux que les autres, mais il existe. De plus, l’organisation mise en place par les autorités chinoise ont pour but de donner une certaines image officielle de la Chine, assez loin de la réalité.
L’art d’eviter les questions
Le boycott n’est sûrement pas une bonne solution. Peu de gouvernements se risqueraient de se brouiller avec la grande puissance montante. Le boycott de l’Afrique du Sud de l’apartheid fut effectivement difficile à mettre en place, tant les nations industrielles avait intérêt à commercer avec le pays le plus riche du continent africains. L’abolition de l’apartheid au début des années 1990 est à mettre en corrélation avec ce boycott mettant l’Afrique du Sud au ban des nations. En effet, si il est un boycott, il doit être total. (Ce constat s’applique aussi aux récentes tentatives de boycott universitaire d’Israël). A l’heure actuel, un boycott total de la Chine n’est ni envisageable ni souhaitable. Un boycott de J.O. n’est finalement qu’une mesure symbolique. Néanmoins, il reste tout à fait envisageable, des boycotts à titre individuel (comme par exemple Dominique Rocheteau refusant de partir avec la sélection française en 1978, sachant pertinemment que les stades argentins sont aussi des lieux d’exécutions sommaires). Mais le monde du sport est-il suffisamment politisé pour cela ?
Il faut remettre en question le « mythe olympique » : le sport n’est jamais apolitique.
Les opposants du boycott ont généralement noyé la question. Or, si le boycott n’est sûrement pas une bonne solution, nous devons tout de même nous demander pourquoi l’idée de boycott a été avancée. Voilà un grand défi pour les medias pour l’année prochaine !
Commentaires
3 Reponses a “Pékin 2008 : la question du boycott”
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Bonjour,
Le sujet du boycott des JO de Pékin m’intéresse au plus haut point. J’ai d’ailleurs adressé une lettre ouverte à M. Ménard, président de l’association RSF qui justement appele ouvertement au boycott des JO. Voici cette lettre.
Non au boycott des JO de Pékin !
Lettre ouverte à Monsieur Ménard, président de RSF
Monsieur,
Depuis quelques semaines nous pouvons voir un certain nombre de personnalités porte drapeau de votre mouvement en faveur du boycott des JO de Pékin. Des médias partenaires tels que Libération vous donnent une tribune d’expression particulièrement généreuse.
Sachez, Monsieur que j’éprouve une véritable sympathie aussi bien pour votre association que pour vous-même. Sans nous connaître nous avons échangé des marques de courtoisie lors de fêtes de l’école de nos enfants – en effet nos enfants fréquentent la même école du XIVem arrondissement de Paris. La cause que vous défendez est des plus nobles, le sort de nombreux journalistes est très préoccupant, vous souhaitez voir émerger un monde libre nettoyé de toutes dictatures et bien évidemment ce sont les journalistes qui se révèlent être des victimes « privilégiées » de ces régimes dictatoriaux. La Chine est aujourd’hui dans votre ligne de mire, précisément car la Chine n’est pas réellement, et c’est un euphémisme, une démocratie. Pour autant, Monsieur Ménard, je pense que votre action actuelle visant à discréditer l’empire du milieu, en profitant du buzz médiatique que représentent les JO est une fausse bonne idée. Permettez moi de vous préciser ci-dessous la raison de cette position.
Laissez moi d’abord vous dessiner mon « profil citoyen ». Père de 3 enfants, 39 ans, marié en seconde noce avec une ressortissante Chinoise, commercial dans une agence de publicité, aucun engagement politique, j’ai découvert la Chine début 2002 et y ai passé environ 3 ans dont plus d’un an à voyager dans presque l’ensemble du pays. Ne vous y méprenez pas sur mes motivations à « défendre » ce pays et de fait ses dirigeants en place – Je n’ai pas une grande estime de ce pays. La corruption est partout, le mauvais goût et le manque d’éducation est omni présent. La barbarie y a encore sa place notamment dans le cadre de la politique nataliste, certaines femmes sont contraintes à avorter à 6 mois de grossesse ou plus – la mafia est partout et souvent soutenue par les autorités locales. Tout cela est vrai, je n’ai malheureusement pu que le constater.
Il ne se passe pas un jour depuis quelques mois, sans qu’un article de presse, une émission télévisée ne vienne entacher l’image de ce pays 5 fois millénaire en présentant les dangers de la production de jeux confectionnés dans le pays, l’empoisonnement de chiens Américains qui avaient mangé des boites produites en Chine, la misère des paysans migrants obligés à vivre à 10 dans quelques mètres carré… Ces sujets sont véridiques mais tellement confortables pour notre bonne conscience occidentale. L’occident est aujourd’hui malade, ne trouve plus le chemin de la croissance ni même du bonheur et se rassure en brocardant la chine de tous les maux. L’essence est trop chère..c’est à cause de la Chine, nous n’avons plus d’industrie en France, c’est à cause de la Chine, notre économie dans son ensemble régresse…et bien évidemment c’est toujours à cause de la Chine. Soit, c’est peut être le cas mais quand bien même ce serait vrai, qui sommes nous aujourd’hui pour critiquer la volonté de ce pays – fort 1.3 milliards d’habitants et certainement plus du fait du manque de fiabilité des chiffres démographiques – de vouloir sortir de la situation de misère dans laquelle ils avaient plongé avec notre bienveillante complicité. Combien parmi nos grands penseurs fréquentant les cafés Flore s’étaient enthousiasmés à l’émergence du nouveau leader du pays – Mao Zedoung ? Combien d’années ont été nécessaires avant que ces « bien pensants » finissent par reconnaître que Mao a été l’un des dirigeants ayant initié l’une des plus grosses tragédies du mon occidental. Combien parmi les « bien pensants » conservent toujours une image positive de Fidel Castro ? Combien sont ils à soutenir les grands leaders sud Américains pourtant corrompus à souhait et coupables d’exactions, trafic en tous genres, ?
La Chine met tout en place aujourd’hui pour retrouver la place qui doit lui revenir. Elle a été la plus grande nation du monde pendant des siècles avant que notre bel occident ne lui fasse découvrir les « bienfaits » de l’opium et autres subterfuges pour que les pays « nobles » puissent prendre et conserver le leadership du monde.
Ce pays progresse, et ce sur tous les plans. Sortir de la misère plus de 300 millions de ses habitants en moins de 10 ans est une performance que l’on ne peut que saluer – Des classes moyennes émergent et un jeune diplômé peut obtenir un niveau de vie comparable à un jeune Français. De gros efforts sont réalisés dans le système éducatif et ceux-ci permettront à des enfants d’ouvriers et de paysans de disposer de qualifications leur permettant d’accéder à des métiers inimaginables pour leurs parents. Mais il n’y a pas que cela, l’embellie économique s’accompagne aussi d’une amélioration conséquente des libertés – pas partout, c’est vrai mais c’est une tendance réelle – En 2002, lors de mon premier déplacement en Chine, nous ne pouvions pas aborder des sujets politiques ou religieux en public. Aujourd’hui de plus en plus de personnes s’expriment sur leur soif de spiritualité, sur leurs critiques envers le système – et ces prises de parole ne sont jamais réprimées. En revanche, les dissidents au régime qui se lancent dans des actions de prosélytisme, eux reçoivent les foudres du gouvernement – je le déplore personnellement mais au risque de choquer…je comprends cette fermeté.
Pourquoi ?
En raisonnant depuis un pays comme la France, 60 millions d’habitants, plus de deux siècles de démocratie, un pouvoir d’achat envié par 80% de la population mondiale (et oui…), une sécurité sociale efficace, une protection de l’emploi affirmé (une fois encore versus 80% de la population mondiale), nous ne pouvons pas comprendre le cas Chinois. Les autorités, à juste titre, savent parfaitement que l’équilibre actuel est très précaire, de plus en plus de mécontents manifestent, de nombreuses révoltes ponctuelles ont vu le jour ces dernières années. Le risque d’une explosion sociale est pris au sérieux et comment les en blâmer ? Une fois encore, vu d’ici, dans les salons en ville, dans de chics dîners mondains il est aisé de rêver d’une Chine libre, démocratique avec des élections présidentielles quinquennales. Il est tentant d’essayer de tirer les ficelles d’ici – oui, nous pouvons, chacun d’entre nous motiver un mouvement de fonds en Chine qui va faire tomber la dictature Chinoise. Parfait mais qu’aurons nous après cela ? Si vous organisiez aujourd’hui des élections en Chine, je peux vous assurer qu’une grande majorité des citadins donneront leurs mandats au pouvoir en place car ils savent combien leur vie de tous les jours progresse rapidement. En revanche, une action à l’égard du monde rural bien orchestrée, qui arriverait à faire émerger un homme charismatique, un nouveau Mao pourrait réellement générer une révolution. Le pays s’en sortirait il mieux après cela ? La réponse est bien évidemment non.
La Chine dérange, soit mais la Chine veut simplement tourner la page de ses années sombres et ne peut, aujourd’hui, se payer le luxe d’une démocratie à, l’occidentale. La démocratie reviendra en Chine, mais laissons les gérer cela entre Chinois.
Personnellement, mais je ne veux pas relancer un autre débat, je crois en l’ingérence dans le cas de pays incapables de se gouverner eux même, la Chine nous prouve, à quelques « détails » près, qu’elle sait s’auto gérer. Laissons les réussir leurs jeux Olympiques, laissons les s’enrichir, laissons les terminer leur mue économique et ce pays se donnera lui-même les moyens de devenir une grande puissance économique et sociale.
Jean Christophe Vionnet
Pour tout commentaire positif ou surtout négatif, vous pouvez m’écrire sur jcvionnet@free.fr
Bonjour,
Merci de nous donner une possibilité de nous exprimer sur la question.
Je dirais à Monsieur Vionnet que si la Chine s’arrêtait à Pékin, tout cela serait formidable…
Il y a quelques années je me suis dit comme beaucoup que les jeux olympiques de Pékin 2008 seraient une occasion pour la Chine de montrer de la bonne volonté en matière de droits de l’homme.
Il n’en a rien été et la répression en Chine et au Tibet a repris de plus belle ces derniers temps.
De nombreux Tibétains, moines ou non, sont emprisonnés et torturés, la pression démographique menace de faire disparaître la culture Tibétaine… que dire qui n’ait été dit tant de fois déjà…
C’est toute la Chine qui soufre du manque de liberté, et c’est une insulte faite aux Chinois que d’élire Pékin pour les jeux olympiques de 2008 ! Une insulte non seulement pour les minorités éthniques mais pour tous les Chinois qui n’en peuvent plus de la corruption et des abus de pouvoir.
A l’origine les Jeux olympiques étaient une célébration… voir la Charte Olympique où il est dit : ” Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine “, pour la Chine cette promotion semble n’avoir pas payé, la Chine n’a pas tenu ses promesses, il est donc temps de faire marche arrière, sous peine de valider une société injuste, extrêmement violente et répressive.
Il serait d’ailleurs plus exact de modifier la citation ci-dessus en : ” Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement économique de ses sponsors en vue de promouvoir un pouvoir totalitaire et despotique mondial, soucieux de préserver la richesse des plus riches”.
Après les violences de ces derniers jours je me suis décidé à mettre un site en ligne pour débattre de la question: www.pekin2008olympiques.com
ATHLETE ET CITOYEN
19.3.2008 par desport.
Le serpent qui se mord la queue, voilà en résumé le résultat de l’attribution des JO à la Chine.
Les politiques Chinois avaient -ils imaginé, en faisant acte de candidature à l’organisation des JO de 2008 et le CIO en leur accordant, toutes les conséquences ? La caisse de résonance offerte par cet événement planétaire a réveillé de nombreuses « frustrations » dissidents, Tibétains, séparatistes…
Aujourd’hui, après avoir essayé de policer leur image les masques tombent. Difficile de connaître l’étendue de la répression vu que les journalistes sont personnes non grata.
Mis devant le fait accompli, les sportifs qualifiés pour les JO sont dans une position cornélienne. j’imagine difficilement que ces derniers ne soient pas troublés par ces événements et par la situation plus générale des droits de l’homme en Chine.
Alors que faire ?
Boycotter les jeux ? C’est beaucoup demander aux athlètes quand on connaît à la fois la somme de travail pour atteindre le haut niveau et le « graal » que représente une participation aux jeux.
Otages des choix plus que contestables du CIO, les athlètes se sentant concernés par la situation du pays hôte, pourront-ils, sans se faire sanctionner, manifester leurs désapprobation ?
Pour éviter que cette situation se répète des critères tels que : le pluralisme politique, syndical, religieux, ainsi que la liberté d’expression devraient être pris en compte par les commissions d’évaluation du CIO.
En ce qui concerne Pékin 2008, L’idée émise par Reporter Sans Frontières de boycotter la cérémonie d’ouverture marquerait de manière forte l’engagement du mouvement sportif en faveur des libertés fondamentales.