Naissance d’un grand parti centriste en Italie

13 septembre 2007

Il a souvent été dit en France que le passage de Silvio Berlusconi à la tête de l’Italie (2001-2006) préfigure la politique de demain (populiste ultra-libérale et médiatique).

La formation du Parti Démocrate le 14 Octobre prochain, regroupant les deux principales formations composant l’actuelle coalition gouvernementale, à savoir les Démocrates de gauche (Democratici di sinistra, DS) de Massimo D’Alema (Ministre des affaires étrangère) et de Walter Veltroni (maire de Rome) et de la Margherite (La Margherita - Democrazia è Libertà) de Francesco Rutelli (vice-président du Conseil), annonce lui aussi peut être une convergence vers le centre à venir dans les démocraties européennes.
Cette union entre une formation issue du parti communiste et un autre rassemblant des tendances de la démocrate-chrétienne et du centre, qui a de quoi surprendre, tient sûrement plus aux spécificités du système politique italien.

Un système en crise

Laissez moi revenir très brièvement sur 60 ans de politique italienne. La scène politique italienne au demain de la guerre est dominé par deux grands formations politique. Première, la démocratie chrétienne (Democrazia Cristiana, DC), parti de centre-droit appui une politique conservatrice Soutenu par les USA et le Vatican. Son rival politique, n’est pas le parti socialiste (Partito Socialista Italiano, PSI), mais communiste (Partito Comunista Italiano, PCI). Avec environ un tiers des voix, il est certes le parti communiste le plus puissant d’Europe occidentale, mais il ne peut gouverner. C’est un « bipartisme imparfait » selon l’expression consacrée.
C’est pourquoi jusqu’à la fin des années 80, l’Italie a été placé sous le pouvoir de DC et de ses alliés au gré des coalitions (des partis centristes dits “laïcs” ainsi que PSI). Des ententes entre les deux partis pour un partage du pouvoir (« le compromis historique ») ont été tentées à la fin des années 70, en vain.
Au début des années 90, tout s’écroule. Tout d’abord en 1991, le PCI se métamorphose en Parti démocrate de gauche (Partito democratico della Sinistra, PDS), rompant avec les principes marxistes-léninistes et ouvrant donc la voie au centre. Ceux qui refusent cette refondation se regroupent dans le Parti de la refondation communiste (Partito della Rifondazione Comunista, PRC). Devenu ensuite DS, l’héritier du PCI réalise ce qu’un certain nombre de personnalités politiques françaises attendent : le glissement vers le centre et le pragmatisme des anciennes forces de gauche et d’extrême gauche.
Puis en ces mêmes années, l’opération Mani Pulite, vaste opération judiciaire contre des personnalités politiques impliquées dans des affaires de corruption, réduit en cendre le reste de la scène politique
DC se dissout en 1993, et l’héritage démocrate-chrétien implose en plusieurs parti à gauche, au centre et à droite de l’échiquier politique, laissant le champ libre à droite au célèbre homme d’affaire Silvio Berlusconi et son parti Forza Italia ainsi qu’à une extrême droite post-fasciste (le MSI) ou indépendantiste (La Ligue du Nord). Le PSI et les partis laïcs disparaissent également.

Quel avenir ?

La vie politique italienne devint ensuite un vaste jeu de basculement de droite à gauche. L’alternance est une chose nouvelle en Italie. En 2006, la coalition de centre gauche (L’Unione) reprend le pouvoir qu’il avait perdu au profit de Silvio Berlusconi et ses alliés cinq ans plus tôt.
D’aucuns considèrent la crise des années 1990 comme la naissance d’une « Seconde République ». Toutefois, quinze ans après, le paysage politique reste fragile, comme en témoigne la difficulté aujourd’hui pour Romano Prodi de gouverner avec une coalition éclatés et hétérogène., face à une opposition de plus en plus forte.
Le parti démocrate, en consolidant le centre-gauche, sera-t-il capable d’apporter la stabilité en Italie ?

Commentaires

2 Reponses a “Naissance d’un grand parti centriste en Italie”

  1. Serge Baillargeon le septembre 14th, 2007 11:03

    Excellent article, il m’a appris beaucoup sur l’histoire politique de l’Italie dont je connaissais déjà la fragilité. En souhaitant qu’en Italie comme ailleurs le bon sens triomphera sur le sensationnalisme et les réflexions simplistes.

  2. Titiflo77 le septembre 16th, 2007 15:51

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