la Mediterannée selon Nicolas Sarkozy : une nouvelle Union Européenne ?



Les élections présidentielles en France sont des moments bien étranges. Des banalités et autres sujets sans intérêts (nombre de sous-marin nucléaires, controverse sémantique de tout ordre) occupent le haut du pavé. A l’inverse, des propositions et idées innovantes nécessitant d’un vrai débat de fond sont tout simplement écartés.

La VIe République de Mme Royal a été autant discuté qu’une vulgaire et énième promesse d’augmentation du budget de l’éducation. Dans le camp adverse, le projet d’Union méditerranéenne (UM) n’a pas plus passionné. Le nouveau président de la République, quelques jours avant son élection assurée de sa victoire, a pris soin de se présenter comme (rien de moins) comme le Jean Monnet de la Méditerranée. L’histoire retiendra son nom. C’est pour dire les ambitions de M. Sarkozy ! Sûrement, le président a pris soin de potasser le sujet au large de l’île de Malte, au milieu de la Méditerranée.Mais au fond, qu’est-ce l’UM ?
L’avenir ?
Un futur promesse électoral non tenue ?
Une chimère ?

En effet, pour le moment M. Sarkozy n’a pas été très précis sur ce que sera l’UM, au-delà des beaux discours convenus sur la Méditerranée comme pont entre civilisations.
N’étant pas plus précis, imaginons et évaluons ce que pourrai, ou devrait être l’UM, et les problèmes immédiats qu’elle pourrai rencontrer (1).

L’impasse politique de l’Union de la Méditerranée

L’UM ne doit pas être un appareil de soutient au dictatures méditerranéenne, que ce soit le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye l’Egypte ou la Syrie. L’Union européenne (UE) assure son fonctionnement en faisant de la démocratie une condition sine qua non à son intégration. La France et ses partenaires européens n’ont évidemment pas la capacité à renverser ces régimes (divers bien que tous autocratiques), ni l’intérêt de le faire. L’UM ne doit pas fournir un cadre. Ce n’est pas la question. Cependant, les rapports entre états dans l’UM seront très différents de ceux de ceux de l’UE. Les Etats démocratiques auront-il les capacités à faire pression pour pousser des processus de démocratisation, qui existe dans la plupart des dictatures méditerranéennes ? Ou bien l’UM servira t’elle à acheter l’opinion publique que ces dictatures sont vertueuses et qu’il vaut mieux l’absence d’élections libres afin d’endiguer une victoire islamiste ? L’intégration de la Libye de Qadafi dans les nations respectables passera sûrement par l’UM (2). Ces dictatures n’ont pas eu pour le moment le besoin de l’UM, pour obtenir ce soutient Contrairement à l’UE, il faut faire avec ces pays tel qu’ils sont. En les intégrant, les pays européens ne demandent à rester ce qu’ils sont. En Méditerranée, il n’y pas de place possible à une dynamique de refus contraignante, comme pour les pays collectivistes de l’Est. Israël est certes une démocratie, mais certain son occupation militaires de la Palestine est inacceptable d’une démocratie. L’UM aura sûrement beaucoup de difficulté à amener Israël vers une résolution du conflit équitable, d’autant si l’état hébreu est membre de l’UM. Mettre la Turquie et Chypre, voire la Grèce dans une même organisation sera-t-il suffisant pour trouver une solution au problème de division chypriote ?

Le piège de l’immigration

La question de l’immigration est un des chevaux de bataille du nouveau président. A l’échelle européenne, il y a de nombreuses dissensions entre état (par exemple l’Espagne favorise une politique de régularisation massive). L’UM pourra constituer un outil d’harmonisation des politiques, et de négociations. Les réunions de l’UM seront sûrement occupées en grande partie à mettre en place des accords de « co-développement » entre les pays des deux rives.
Plus clairement, des accords qui demandent aux pays les plus pauvres de limiter son émigration en échange de programmes économiques.

Des maquiladoras à Tanger

La réalisation la plus concrète que l’UM risque de prendre est celle de la zone de libre-échange. Derrière les beaux discours de M. Sarkozy sur le dialogue des civilisations, on ne doit pas oublier la volonté d’instaurer une ALENA autour de la Méditerranée. C’est à Tanger ou à Tunis que déménageront des industries en quête de mains-d’œuvre meilleures marchées. L’UM c’est l’assurance de voir apparaître des maquiladoras sur les rives australes de la Méditerranée. La constitution d’un marché commun d’une nouvelle Mare nostrum n’est pas imaginable dans un espace économique dual. Il suffit seulement de penser aux différences économiques au sein de l’UE et aux difficultés qu’elles posent.

Une fausse bonne idée

L’UM ne peut pas donc être un corollaire méditerranéen de l’UE. Elle est une autre forme d’union supranationale, qui complète l’autres. L’UM est un produit de substitution à L’UE pour des pays comme la Turquie, Israël ou le Maroc, qui ont tous souhaité ou souhaitent toujours intégrer l’UE. L’UM est une étape dans la fragmentation de l’espace politique et économique européen, par exemple par la constitution d’un « noyau dur » des pays les plus intégrés.

L’idée d’une UM n’est pas nouvelle. Nicolas Sarkozy ne fait que poursuivre le partenariat Euro-Méditerranée (Euromed) initié en 1995 au sommet de Barcelone entre les états de l’UE, et dix autres états méditerranéens (le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, Israël, le Liban, la Syrie la Turquie, ainsi que l’Autorité palestinienne) (3) . Les objectifs de ce partenariat sont le développement économique et de la démocratie, le rapprochement des peuples, assurer la sécurité de la Méditerranée etc. Pour le moment, l’Euromed s’est plutôt contenté de déclarations de principes. M. Sarkozy veut passer à la vitesse supérieure. Sur quel espace s’étendra l’UM. M. Sarkozy une fois élu a parlé d’une UM, comme pont entre l’Europe et l’Afrique. Où est le Proche-Orient là dedans ? Complètement oublié du discours, mais pas dans les projets plus concrets. Les pays méditerranéen de Balkans et de l’ancienne Yougoslavie eux ne figurent pas dans les projets.

L’UM est bien évidemment une bonne idée, mais dont l’application semble problématique. Le projet de M. Sarkozy n’est pas impossible, mais se heurtera aux nombreux problèmes énoncés avant. Il n’est guère crédible pour l’instant que l’espace méditerranéen puisse se doter d’institutions supranationales comme l’UE. La Méditerranée n’est pas uniquement un pont entre « Civilisations », elle en est une. Pour être plus précis un espace de culture à créer. La rencontre entre riverains de cette mer n’est pas souhaitable selon moi par une UM. Il n’est pas sur d’ailleurs qu’une organisation supranationale rapproche les peuples. L’UE, quoiqu’on n’en dise, n’a pas tellement œuvré à la découverte des cultures. La construction d’un espace méditerranéen du XXIe siècle passe par ce dont Nicolas Sarkozy parlent dans ses discours à la télévision à heures de grandes.

(1) Je fait le choix de ne pas des rapports « conflictuels » entre cultures, notamment « musulmanes » et occidentales.

(2) Encore que Nicolas Sarkozy a fait de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien, incarcéré en Libye, une de ses objectifs premiers en politiques étrangères.

(3) La Libye justement prépare son intégration.

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Commentaires

Une Reponse a “la Mediterannée selon Nicolas Sarkozy : une nouvelle Union Européenne ?”

  1. iriz le décembre 21st, 2008 16:47

    l’upm de sako, c’est du pipo et consiste juste à faire main basse sur les hydrocarbures des pays de la rive sud.
    l’élargissement de l’ue est plus faroble à l’allemagne qu’à la france d’où l’ idée de sarko de créer une upm favorable à la france (car elle réunit les pays « arabes » et les pays « latins » sous protectorat français) pour faire un contre poids à l’ue sous tutelle germanique.
    le faite que ces pays soient des régimes totalitaires ne derrange pas sarko, puisque que la france n’est pas une démocratie (les français d’origine africaine et nord-africaine ne bénéficient pas de la liberté d’expression, la france pays ultra raciste).
    létat juif, le royaume du hashish (maroc) et la france sont des affinités colonialistes et sionistes.
    algerie, libye, tunisie, syrie, egypte … monarchies républicaines dociles à sarko arrange tés bien la france.
    mais dans tout ce magma méditerranéen, rien de positif ne sortira car il y a trop de divergeances politiques et culturelles, les racismes étatiques sont au top.
    l’idée est bonne mais ne vient pas de sarko qui l’a reprise à son compte car il a plus d’appétit que ces prédécesseurs.
    l’upm ne devrait pas être imposé par sarko (le malhonnête), c’est les peuples qui doivent décider par référendhomme (y compris les peuples palestinien, sahraoui et chipriote).

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